Saint Séraphim de Vyritsa et la femme qui avait subi dix-huit avortements
Un témoignage sur la clairvoyance spirituelle et la miséricorde d’un starets russe
Saint Séraphim de Vyritsa (1866-1949) est l’une des grandes figures spirituelles de la Russie orthodoxe du XXe siècle. De nombreux témoignages rapportent sa clairvoyance spirituelle et les grâces particulières dont il aurait été gratifié.
L’un de ces récits concerne une femme médecin qui, après avoir vécu des années difficiles, vint finalement rencontrer le starets de Vyritsa.
Une femme plongée dans le désespoir
Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette femme et son mari étaient médecins. Son mari désirait profondément avoir des enfants, mais elle-même ne souhaitait pas devenir mère. Selon le témoignage rapporté, elle avait subi dix-huit avortements.
Après la guerre, son mariage se brisa. Elle perdit également son travail et son logement et se retrouva dans une situation de grande pauvreté et de solitude.
Elle chercha de l’aide auprès de différentes organisations, mais sans succès. Le désespoir devint si profond qu’elle en vint à penser au suicide.
C’est alors qu’une ancienne connaissance lui parla d’un vieil homme vivant à Vyritsa, un religieux connu pour aider ceux qui venaient le voir.
La femme, qui ne croyait pas vraiment à la vie spirituelle, pensa qu’elle n’avait plus rien à perdre et décida de se rendre auprès de lui.
La rencontre avec saint Séraphim
Arrivée à Vyritsa, elle demanda à voir le mystérieux vieillard dont son amie lui avait parlé.
Lorsqu’on lui proposa de rencontrer un prêtre, elle se mit en colère. Elle ne voulait pas avoir affaire à un religieux et repartit brusquement.
Mais, sur le chemin, quelque chose d’étrange se produisit : elle fut soudain incapable de marcher. Elle s’assit au bord de la route et se mit à pleurer.
Une femme sortit alors de la maison du starets et lui dit :
« L’Ancien vous demande. »
Elle refusa encore.
Mais la femme lui révéla alors son nom et sa profession, lui précisant qu’elle venait de rentrer d’Allemagne. La visiteuse comprit que le vieillard connaissait des choses qu’elle n’avait racontées à personne.
Elle accepta finalement de revenir dans la cellule de saint Séraphim.
Une parole qui révèle une vie cachée
Le starets était alors âgé et alité.
Selon le témoignage, il lui parla directement de son passé et lui fit comprendre qu’il connaissait les décisions qu’elle avait prises concernant ses enfants à naître.
La femme fut profondément bouleversée. Elle comprit que sa vie entière semblait connue de cet homme et, saisie par le repentir, elle tomba à genoux devant lui en pleurant.
Mais saint Séraphim ne la rejeta pas.
Au contraire, après lui avoir parlé avec fermeté, il lui annonça également que sa situation allait changer. Il lui indiqua où se rendre, lui annonça qu’elle recevrait une responsabilité professionnelle ainsi qu’un logement et qu’elle pourrait reprendre une vie normale.
Elle eut du mal à croire à ces paroles.
Pourtant, selon le récit, les événements se déroulèrent ensuite comme le starets les avait annoncés.
Du désespoir à une nouvelle vie
La femme obtint effectivement une nouvelle fonction dans une clinique et un logement. Elle put ensuite retourner à Leningrad et reconstruire son existence.
Le témoignage rapporte qu’elle devint profondément croyante et qu’elle resta fidèle à saint Séraphim jusqu’à un âge avancé. Elle aurait continué à se rendre régulièrement sur sa tombe à Vyritsa.
Ainsi, cette histoire ne se termine pas par une condamnation, mais par une transformation.
C’est peut-être là l’un des aspects les plus importants du récit.
Le regard du saint : vérité et miséricorde
Dans la tradition orthodoxe, le repentir chrétien n’est jamais simplement la constatation d’une faute. Il est un retournement du cœur et le commencement d’une vie nouvelle.
Dans ce témoignage, saint Séraphim ne cherche pas à flatter cette femme ni à minimiser ce qu’elle avait vécu. Mais il ne l’abandonne pas non plus au désespoir.
Il lui révèle la vérité, puis lui montre un chemin pour continuer à vivre.
Cette attitude rappelle une réalité essentielle de la vie spirituelle : la vérité et la miséricorde ne s’opposent pas.
Reconnaître une faute ne signifie pas que tout est perdu. Même lorsqu’une personne porte un lourd passé, le Christ lui offre toujours la possibilité du repentir, du pardon et d’une vie renouvelée.
Une histoire qui parle aussi à notre époque
Ce récit de saint Séraphim de Vyritsa est particulièrement fort parce qu’il ne présente pas seulement la question de l’avortement sous l’angle de la faute.
Il montre également la solitude, les blessures, les choix difficiles et les conséquences intérieures que peut porter une personne durant toute sa vie.
Pour un chrétien, la réponse à de telles situations ne peut donc pas être uniquement la condamnation.
Elle doit aussi être la prière, l’écoute, l’accompagnement et la miséricorde.
L’Église rappelle la valeur sacrée de la vie humaine, mais elle rappelle également que la miséricorde de Dieu est plus grande que nos fautes.
Celui qui se tourne sincèrement vers Dieu avec un cœur repentant n’est jamais abandonné.
Une leçon spirituelle
L’histoire de cette femme nous rappelle enfin que le désespoir n’est jamais la dernière parole.
Elle pensait avoir tout perdu : son mariage, son travail, son logement et finalement l’espérance elle-même.
Pourtant, sa rencontre avec saint Séraphim devint pour elle le commencement d’une nouvelle existence.
Le message spirituel que l’on peut retenir de ce témoignage est donc simple :
ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.
Même lorsqu’un passé est douloureux, même lorsque certaines décisions ne peuvent être effacées, le repentir permet de remettre toute notre vie entre les mains du Seigneur.
Saint Séraphim de Vyritsa apparaît ici non seulement comme un ancien capable de discerner les profondeurs du cœur humain, mais aussi comme un père spirituel qui conduit une personne brisée de la culpabilité vers le repentir et de la désespérance vers l’espérance.
« Ne désespérez jamais. Le Seigneur est proche de celui qui se repent sincèrement. »
Cette histoire nous invite ainsi à regarder la question de la vie avec gravité, mais également avec compassion : derrière chaque faute, il y a une personne qui peut encore revenir vers Dieu.
Source et précision
Cet article est une réécriture du texte publié sur Mystique Orthodoxe le 3 novembre 2017 sous le titre « Saint Seraphim de Virytsa, et la femme qui a eue 18 avortements ».
Le récit a été publié en anglais par John Sanidopoulos, le 25 septembre 2015, sous le titre St. Seraphim of Vyritsa and the Woman who had 18 Abortions. John Sanidopoulos indique comme source un ouvrage consacré à saint Séraphim de Vyritsa : Βίος – θαύματα – προφητείες του Αγίου Σεραφείμ της Βίριτσα – Νέου Αγίου της Ορθοδ. Ρωσικής Εκκλησίας (1866-1949), éditions Orthodoxos Kypseli, première édition, 2003. Il précise également avoir traduit le récit.
Il convient de présenter cette histoire comme un témoignage transmis dans la tradition autour de saint Séraphim de Vyritsa, et non comme un récit dont tous les détails historiques pourraient être établis indépendamment.

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