Les icônes miraculeuses des Martyrs impériaux
Lorsque les images des Romanov devinrent pour beaucoup un signe d’espérance
La vénération orthodoxe des Saints Martyrs impériaux de Russie s’est développée progressivement après leur assassinat en 1918. Bien avant leur glorification officielle par l’Église orthodoxe russe en 2000, des fidèles priaient déjà devant leurs images et demandaient leur intercession.
Parmi les témoignages les plus connus de cette période figurent ceux concernant deux icônes imprimées sur papier aux États-Unis, qui auraient commencé à exsuder du myrrhon en Russie à la fin des années 1990. Ces récits ont profondément marqué de nombreux fidèles et ont accompagné le développement de la vénération populaire de la famille impériale.
L’icône du Tsar Nicolas II
La première icône représente saint Nicolas II, le dernier empereur de Russie.
Elle fut commandée en 1996 par Ija Schmit, une émigrée russe vivant aux États-Unis. L’iconographe Paul Tikhomirov représenta Nicolas II dans ses vêtements impériaux, accompagné de saint Nicolas de Myre, son saint patron, et de saint Job le Juste, dont la fête correspondait au jour de naissance du souverain.
Une inscription demandait explicitement que cette icône soit consacrée à la future glorification du Tsar-Martyr en Russie. Des milliers de reproductions furent ensuite réalisées et envoyées notamment en Russie.
L’une de ces reproductions fut remise au médecin moscovite Oleg Belchenko.
Selon les témoignages rapportés, c’est en 1998 que des signes inhabituels furent remarqués sur l’image. Des taches rouges seraient apparues autour des yeux du Tsar, puis une odeur parfumée aurait été perçue en présence de l’icône.
Lorsque celle-ci fut apportée au monastère Sretensky de Moscou, des fidèles auraient également constaté une forte fragrance provenant de l’image. L’icône fut alors placée à la vénération des chrétiens et commença à être transportée dans différentes églises et monastères.
Avec le temps, cette icône fut connue comme l’icône myroblite du Tsar-Martyr Nicolas II.
L’icône des Saints Martyrs impériaux
La seconde image représentait non plus Nicolas II seul, mais l’ensemble de la famille impériale : l’empereur Nicolas, l’impératrice Alexandra, les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, ainsi que le tsarévitch Alexis.
Elle aurait été imprimée elle aussi aux États-Unis et remise à un fidèle de Moscou en 1998.
Selon les témoignages publiés à cette époque, cette image était d’une qualité assez modeste : les couleurs étaient pâles et certains détails étaient à peine visibles.
Pourtant, après avoir été placée dans un cadre vitré, elle aurait commencé elle aussi à exsuder du myrrhon.
Les récits lui donnèrent rapidement le nom d’« icône qui saigne », en raison de la couleur rougeâtre du liquide observé sur l’image. Des témoignages évoquèrent également des guérisons obtenues après la prière devant l’icône. En octobre 1998, elle fut même conduite en Grèce pendant plusieurs semaines, où elle aurait été accueillie avec une grande vénération.
Ces récits doivent être compris comme des témoignages de dévotion et de foi : l’existence d’un phénomène rapporté par des fidèles ne signifie pas que chacune des guérisons ou manifestations ait été officiellement établie comme miracle par l’Église.
Le parfum du myrrhon
Dans la tradition orthodoxe, le myrrhon occupe une place particulière.
Les récits de saints évoquent parfois des reliques ou des icônes dégageant un parfum agréable ou exsudant une huile odorante. Pour les croyants qui ont été témoins de tels phénomènes, cette fragrance peut être reçue comme un signe de la grâce de Dieu.
Mais l’Église orthodoxe ne réduit jamais la sainteté à l'existence de phénomènes extraordinaires.
Une icône n’est pas un objet magique.
Elle est une fenêtre vers le Royaume de Dieu, une représentation sacrée devant laquelle le chrétien prie le Christ et demande l’intercession des saints.
C’est donc moins le phénomène matériel qui doit retenir notre attention que ce qu’il peut susciter dans le cœur : repentance, prière, espérance et conversion.
Une vénération qui précède la glorification
L’histoire de ces deux icônes est particulièrement intéressante parce qu’elle se situe avant la glorification officielle des Martyrs impériaux par l’Église orthodoxe russe.
La vénération de Nicolas II et de sa famille existait déjà dans l’Église russe hors frontières, qui les glorifia en 1981 parmi les martyrs. En Russie, après la chute du régime soviétique, la question de leur glorification devint progressivement l’objet de discussions ecclésiales.
Le concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe de l’an 2000 les inscrivit finalement parmi les Nouveaux Martyrs et Confesseurs de Russie.
Il est parfois affirmé que les deux icônes myroblites auraient « canonisé » la famille impériale. Cette formulation est toutefois trop simplificatrice.
La canonisation appartient à l’Église et ne repose pas simplement sur un phénomène extraordinaire. Les icônes et les témoignages de vénération ont certainement nourri la piété populaire et attiré l’attention sur les Martyrs impériaux, mais ils ne constituent pas à eux seuls la raison de leur glorification.
Une famille représentée dans la souffrance
Les icônes des Martyrs impériaux présentent souvent Nicolas II et les siens portant des croix de martyrs.
Cette représentation rappelle que leur sainteté orthodoxe n’est pas fondée simplement sur leur qualité de souverains.
L’Église les honore comme Porteurs de Passion, c’est-à-dire comme des chrétiens ayant accepté leur souffrance et leur mort sans répondre par la haine ou la vengeance.
Leur histoire rappelle également que la sainteté peut apparaître dans des situations très ordinaires : dans une famille, dans la patience, dans la prière, dans le pardon et dans la fidélité au Christ au milieu de circonstances tragiques.
Pourquoi ces icônes touchent-elles encore les fidèles ?
Peut-être parce qu’elles racontent quelque chose de profondément humain.
Devant l’icône de Nicolas II et de sa famille, le croyant ne voit pas seulement des personnages historiques. Il voit un père, une mère, des enfants, une famille confrontée à la peur, à l’emprisonnement et finalement à la mort.
Et au milieu de cette souffrance demeure la prière.
C’est peut-être là que se trouve le véritable message de ces icônes.
Elles ne nous invitent pas à rechercher les phénomènes extraordinaires, mais à regarder vers le Christ avec davantage de confiance lorsque notre propre vie traverse l’épreuve.
Les Martyrs impériaux deviennent alors non pas des personnages éloignés de notre quotidien, mais des intercesseurs auprès desquels de nombreux chrétiens viennent chercher consolation et courage.
Une icône, un appel à la prière
L’histoire des deux icônes myroblites rappelle enfin que, dans l’orthodoxie, l’icône n’est jamais une fin en elle-même.
Elle conduit au Christ.
Qu’un phénomène extraordinaire soit constaté ou non, l’essentiel demeure la prière qui monte vers Dieu.
Devant l’image des Saints Martyrs impériaux, nous pouvons simplement dire :
« Saints Martyrs impériaux, Nicolas, Alexandra, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et Alexis, priez Dieu pour nous. Aidez-nous à demeurer fidèles au Christ dans les épreuves, à pardonner, à aimer et à garder l’espérance lorsque notre chemin devient difficile. »
Que leur exemple nous rappelle que même au cœur des ténèbres, la lumière du Christ ne cesse jamais de briller.
Sources principales :
A Reader’s Guide to Orthodox Icons, « The Icons that Canonized the Holy Royal Martyrs », consacré aux deux icônes et aux témoignages de myrrhon associés à leur vénération.
Paul Gilbert, The Myrrh-Streaming Icon of Tsar-Martyr Nicholas II, avec des informations détaillées sur l’icône commandée en 1996, sa diffusion en Russie et les témoignages liés à son myrrhobouillonnement.
Myrrh-Gushing Icons of Russia, compilation de témoignages et d’articles orthodoxes consacrés aux deux icônes.







