Au XVIIe siècle, la France connaît de nombreuses affaires de possessions supposées. Certaines deviennent célèbres, comme celles de Loudun ou de Louviers. D’autres sont aujourd’hui beaucoup moins connues, bien qu’elles aient laissé des témoignages écrits particulièrement troublants.
C’est le cas d’Élisabeth Allier, une jeune femme originaire du Dauphiné, dont l’histoire est rapportée dans un ouvrage publié en 1649 sous le titre : Relation véritable contenant ce qui s'est passé aux exorcismes d'une fille appelée Elisabeth Allier.
Ce récit est attribué au religieux dominicain François Farconnet. Il décrit les souffrances d’une femme qui aurait été tourmentée pendant une vingtaine d’années par deux esprits que le texte désigne sous les noms d’Orgueil et de Bonifarce.
Une jeune femme originaire du Dauphiné
Élisabeth Allier serait native de La Côte-Saint-André, en Dauphiné. Selon le récit de François Farconnet, ses souffrances auraient commencé alors qu’elle était encore enfant.
Le texte évoque un événement particulier : une croûte de pain qui lui aurait été donnée alors qu’elle avait environ sept ans. Cette nourriture aurait été ensorcelée dans le but de lui nuire. C’est du moins l’explication avancée dans la relation publiée à l’époque.
Il faut replacer cette histoire dans les croyances du XVIIe siècle. À cette période, les maléfices, les sortilèges et les interventions démoniaques occupent une place importante dans les représentations religieuses et populaires. Les récits d’exorcismes mêlent souvent observations, interprétations théologiques et croyances de leur temps.
D'après le texte, Élisabeth aurait ensuite vécu pendant près de vingt ans dans un état de souffrance attribué à deux démons.
Orgueil et Bonifarce : deux noms donnés aux esprits
La particularité de cette affaire réside notamment dans les noms attribués aux deux esprits : Orgueil et Bonifarce.
Le premier nom évoque directement l'un des péchés capitaux. L'orgueil est traditionnellement considéré dans la pensée chrétienne comme une tentation majeure, car il détourne l'être humain de l'humilité et de Dieu.
Le second nom, Bonifarce, est plus singulier. Il apparaît dans le récit comme le nom d'un autre esprit supposé tourmenter Élisabeth.
Le document de 1649 présente ces deux figures comme responsables des souffrances de la jeune femme. Il ne s'agit toutefois pas de descriptions que l'on pourrait vérifier indépendamment : nous connaissons cette affaire principalement à travers le témoignage religieux publié par Farconnet.
Six exorcismes à Grenoble
Face à cette situation, des religieux entreprennent une série d'exorcismes à Grenoble.
Le récit rapporte six séances au cours desquelles le père François Farconnet intervient auprès d'Élisabeth. L'ouvrage affirme que ces exorcismes aboutissent à sa délivrance.
Ce qui rend ce document particulièrement intéressant pour l'historien, c'est qu'il ne se limite pas à raconter les événements de manière générale. Il rapporte également des dialogues attribués aux esprits et décrit certains gestes et objets employés pendant les séances.
Nous sommes donc en présence d'un témoignage qui permet d'approcher la manière dont les religieux du XVIIe siècle comprenaient et mettaient en scène le combat spirituel contre le démon.
Il convient néanmoins de garder une certaine prudence : les paroles rapportées sont celles consignées par l'auteur du récit. Nous ne disposons pas, à travers cette seule publication, d'une transcription indépendante permettant de confirmer chaque échange.
Un document ancien qui mérite d'être redécouvert
L'histoire d'Élisabeth Allier ne doit pas être confondue avec les grandes affaires de possession qui ont marqué l'histoire religieuse française. Elle constitue néanmoins un témoignage intéressant sur les croyances, les pratiques d'exorcisme et la spiritualité du XVIIe siècle.
Le texte de François Farconnet a été réédité au XIXe siècle dans la collection Bibliothèque des pièces rares, puis reproduit par Hachette-BnF en 2016. Cette réédition permet aujourd'hui de retrouver un document ancien qui serait autrement difficile d'accès.
Dans une prochaine partie, nous nous intéresserons plus précisément aux dialogues rapportés pendant les exorcismes : les questions posées par les religieux, les réponses attribuées aux esprits et les circonstances dans lesquelles ces échanges auraient eu lieu.
Car au-delà du récit des souffrances d'Élisabeth Allier, c'est aussi une page de l'histoire des croyances et des pratiques religieuses de l'ancienne France qui se dévoile.
Sources et références
François Farconnet, Relation véritable contenant ce qui s'est passé aux exorcismes d'une fille appelée Elisabeth Allier, publication originale de 1649.
Réédition de 1875 dans la collection Bibliothèque des pièces rares, no 69.
Notice et réédition patrimoniale Hachette-BnF : https://www.hachettebnf.fr/livre/bibliotheque-des-pieces-rares-relation-veritable-contenant-ce-qui-sest-passe-aux-exorcismes/
Note : cet article présente un témoignage historique du XVIIe siècle. Les affirmations de possession et de délivrance sont celles de l'auteur ancien et ne constituent pas des faits établis indépendamment.



