Autodéfense : apprendre à se protéger avant d'apprendre à combattre
Lorsque l'on parle d'autodéfense, on pense souvent immédiatement aux techniques permettant de repousser une agression. Pourtant, la véritable défense commence bien avant le moment où le conflit devient physique.
Savoir se protéger, c'est d'abord savoir observer, rester attentive à son environnement, reconnaître une situation qui devient inquiétante et, lorsque cela est possible, s'en éloigner.
C'est une conception de l'autodéfense qui me paraît particulièrement importante lorsqu'on pratique un art martial. Le but n'est pas de rechercher le combat, mais de développer suffisamment de maîtrise de soi et de vigilance pour pouvoir éviter une confrontation lorsque cela est possible.
La première défense : la vigilance
Dans la vie quotidienne, notre attention est souvent dispersée. Nous marchons en regardant notre téléphone, nous portons parfois des écouteurs dans la rue ou nous nous déplaçons sans réellement observer ce qui se passe autour de nous.
Pourtant, notre environnement nous donne souvent des informations importantes.
Regarder autour de soi, connaître son chemin, éviter de s'isoler inutilement dans un endroit désert, rester attentive lorsque l'on rentre chez soi ou lorsque l'on se trouve dans un lieu inconnu sont des habitudes simples qui peuvent contribuer à réduire certaines situations de vulnérabilité.
Il ne s'agit évidemment pas de vivre dans la peur.
La vigilance n'est pas la peur : c'est une forme de présence.
Être vigilante, c'est simplement ne pas être complètement absente de ce qui se passe autour de soi.
Éviter plutôt que combattre
L'un des enseignements fondamentaux des arts martiaux est paradoxal : celui qui apprend à se défendre n'a pas pour autant besoin de rechercher le combat.
Au contraire, plus nous développons notre maîtrise de nous-mêmes, plus nous pouvons comprendre qu'une confrontation physique comporte des risques importants et qu'elle doit rester une solution de dernier recours.
Si une situation paraît dangereuse, partir peut être la meilleure décision.
Si l'on peut rejoindre un endroit fréquenté, demander de l'aide ou appeler les secours, il est généralement préférable de le faire plutôt que de chercher à affronter directement une personne agressive.
La fuite n'est pas une faiblesse.
S'éloigner d'un danger peut être une véritable preuve de discernement.
Garder son calme
Lorsqu'une personne est confrontée à une situation inquiétante, la peur peut provoquer des réactions très différentes. Certaines personnes restent paralysées, d'autres réagissent de manière instinctive.
L'entraînement peut justement aider à développer une meilleure capacité à rester présente à ce qui se passe.
Dans les arts martiaux, nous travaillons le déplacement, la respiration, l'équilibre et la maîtrise des gestes. Mais derrière ces apprentissages physiques se trouve quelque chose de plus profond : apprendre à ne pas laisser immédiatement nos émotions décider à notre place.
Cela ne signifie évidemment pas qu'une personne qui panique face à une agression aurait « mal réagi ». Une réaction de peur est humaine et peut être automatique.
L'entraînement peut simplement permettre de mieux connaître ses propres réactions et de conserver, autant que possible, quelques repères dans une situation difficile.
Se dégager et créer de la distance
Dans une situation d'agression, l'objectif essentiel n'est pas de vaincre l'agresseur.
L'objectif est de retrouver sa sécurité.
Si une personne est saisie ou empêchée de partir, les principes généraux de l'autodéfense consistent notamment à chercher à se dégager, à protéger les zones vitales, à créer de la distance lorsque cela est possible et à rejoindre rapidement un lieu sûr.
Ces principes doivent être appris correctement auprès d'un professionnel qualifié, car une technique mal exécutée ou utilisée au mauvais moment peut aggraver une situation.
L'autodéfense ne devrait donc pas être réduite à quelques mouvements mémorisés sur Internet.
Elle demande de comprendre une situation, de travailler ses déplacements et surtout d'apprendre à adapter sa réaction aux circonstances.
Se défendre n'est pas se venger
Il existe une différence essentielle entre se défendre et vouloir faire mal.
Dans une situation d'urgence, une personne peut avoir besoin de se protéger et de se dégager d'une agression. Mais une fois le danger écarté, continuer à frapper ou chercher à se venger n'a plus le même sens.
Cette distinction est importante dans l'enseignement des arts martiaux.
Le pratiquant doit apprendre que sa technique ne lui donne pas un droit de domination sur les autres.
Au contraire, plus il progresse, plus il devrait comprendre la responsabilité qui accompagne la maîtrise de la force.
La puissance physique n'a de valeur que lorsqu'elle est contrôlée.
L'autodéfense commence aussi par la parole
Nous pensons parfois que l'autodéfense est uniquement physique. Pourtant, savoir poser une limite, dire clairement « non », demander de l'aide ou attirer l'attention de son entourage peut également jouer un rôle important.
Une attitude calme et déterminée peut parfois contribuer à interrompre une situation avant qu'elle ne dégénère.
Il faut toutefois rester prudent : aucune attitude ou comportement ne garantit qu'une agression sera évitée, et la responsabilité d'une agression appartient toujours à celui qui la commet.
La prévention ne signifie donc jamais que la victime serait responsable de ce qui lui arrive.
Le rôle du karaté
C'est ici que je retrouve une partie de ce que j'essaie de transmettre à travers le karaté.
Un art martial ne devrait pas simplement apprendre à donner des coups.
Il devrait apprendre à mieux connaître son corps, à contrôler ses mouvements, à développer son équilibre, à observer, à respirer et à rester concentré.
Il peut également apprendre une chose essentielle : ne pas confondre force et violence.
La violence est parfois une réaction incontrôlée. La force, lorsqu'elle est maîtrisée, peut au contraire être calme.
Le karaté peut donc devenir une école de discipline et de responsabilité.
Une dimension intérieure
Cette réflexion sur la vigilance me fait également penser à la vie spirituelle.
Dans l'Évangile, le Christ dit à ses disciples :
« Veillez et priez. »
(Matthieu 26,41)
La vigilance chrétienne n'est évidemment pas une technique d'autodéfense. Elle concerne avant tout notre vie intérieure.
Nous devons également apprendre à observer ce qui se passe en nous : la colère qui monte, la rancune, l'orgueil, la jalousie ou la tentation de répondre au mal par le mal.
Il est parfois plus facile de voir le danger chez les autres que de reconnaître ce qui nous menace intérieurement.
La vigilance spirituelle consiste alors à ne pas laisser notre cœur se remplir progressivement de ce qui nous éloigne de Dieu.
La maîtrise de soi est une véritable force
Dans un dojo, un débutant peut être impressionné par la puissance d'un pratiquant expérimenté.
Avec le temps, pourtant, on comprend que la maîtrise est souvent plus importante que la puissance.
Savoir s'arrêter est une force.
Savoir ne pas répondre à une provocation est une force.
Savoir reconnaître que l'on doit partir plutôt que combattre est une force.
Savoir protéger quelqu'un sans chercher à humilier celui qui nous menace est également une force.
Cette conception rejoint profondément l'idée chrétienne de maîtrise de soi.
Le Christ n'enseigne pas la haine de l'ennemi. Il appelle au contraire à aimer ses ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent (Matthieu 5,44).
Cela ne signifie pas qu'il faille accepter passivement toutes les violences. Cela signifie que même lorsque nous devons nous protéger ou protéger quelqu'un, nous devons essayer de ne pas laisser la haine prendre possession de notre cœur.
La meilleure défense reste souvent celle que l'on n'a pas eu besoin d'utiliser
Avec les années de pratique, je crois que l'on comprend différemment la notion d'autodéfense.
Au début, on peut chercher à connaître les techniques.
Puis on apprend à mieux se déplacer.
On apprend ensuite à observer.
Et finalement, on comprend que la meilleure situation est souvent celle dans laquelle le combat n'a jamais lieu.
Éviter une confrontation, s'éloigner d'un danger, demander de l'aide et protéger les autres sont déjà des formes de victoire.
Le but n'est pas de devenir quelqu'un dont les autres doivent avoir peur.
Le but est de devenir quelqu'un qui n'a pas besoin de faire peur pour être capable de se protéger.
Une force au service de la paix
C'est peut-être finalement le message que je souhaite transmettre à travers cette réflexion.
Le karaté et les autres arts martiaux peuvent développer le corps, mais ils peuvent aussi nous apprendre quelque chose sur notre manière de vivre.
Être attentif sans être constamment inquiet.
Être capable de se défendre sans rechercher la violence.
Être fort sans devenir brutal.
Être prudent sans vivre dans la peur.
Savoir agir lorsque cela est nécessaire, mais également savoir ne pas agir lorsque le conflit peut être évité.
La véritable maîtrise commence lorsque nous comprenons que notre force ne nous appartient pas seulement pour nous-mêmes : elle implique aussi une responsabilité envers les autres.
Se protéger, protéger celui qui est vulnérable, éviter la violence lorsque cela est possible et garder son calme lorsque la situation devient difficile : voilà peut-être l'une des expressions les plus profondes de l'autodéfense.
Et pour un pratiquant d'art martial comme pour un chrétien, un même principe peut nous accompagner : ne pas rechercher le combat, mais être suffisamment préparé pour traverser les épreuves avec courage, discernement et maîtrise de soi.
Source de l'article original
Cet article est une réécriture et une actualisation d'un texte publié sur Mystique Orthodoxe le 22 octobre 2018, sous le titre « Les mouvements de base de l'autodéfense que chaque femme a besoin de savoir ». Le texte original indiquait comme source Enorion.
Source indiquée dans l'article original :
Enorion — source mentionnée dans l'article original
Article original sur Mystique Orthodoxe :
Les mouvements de base de l'autodéfense que chaque femme a besoin de savoir