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mardi 30 mai 2017

Chacun de nous est potentiellement un Judas..



Or, quand Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, il arriva à Lui une femme ayant une boîte d'albâtre d'onguent très précieux, et l'a versée sur sa tête, comme il était assis à la table. Mais quand ses disciples l'ont vu, ils ont eu l'indignation en disant: «À quoi sert ce gaspillage? Car cette pommade aurait pu être vendue pour beaucoup et donnée aux pauvres. Quand Jésus l'a compris, il leur a dit: "Pourquoi troublez-vous cette femme? Car elle a fait une bonne œuvre sur moi. Car vous avez toujours le pauvre avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Car en cela elle a versé une pommade sur mon corps, elle l'a fait pour mon enterrement. En vérité, je vous le dis que, si cet évangile doit être prêché dans le monde entier, il y aura aussi ceci, que cette femme a fait, qu'on lui dise un mémorial. Ensuite, l'un des douze, Appelé Judas Iscariote, est allé aux principaux sacrificateurs, et leur dit: «Que me donnerez-vous si je vous le délivrerai». Et ils ont promis avec lui pour trente pièces d'argent. Et à partir de ce moment, il a cherché l'opportunité de le trahir.
Matthieu 26: 6-16
Hieromonk Seraphim (Rose)Hieromonk Seraphim (Rose)
Dans ce passage de l'Écriture, nous lisons comment, comme notre Seigneur a préparé sa Passion, une femme est venue et l'a oint avec une onguent très précieuse ; Et c'est très émouvant comment notre Seigneur a accepté un tel amour de personnes simples. Mais, en même temps, Judas - l'un des douze qui étaient avec lui - regardait cet acte, et quelque chose dans son cœur changeait. C'était apparemment la «dernière goutte», parce que Judas était le responsable de l'argent et il pensait que c'était un gaspillage d'argent. Nous pouvons même voir les processus logiques qui se déroulent dans son esprit. Nous pouvons l'entendre penser au Christ: «Je pensais que cet homme était quelqu'un d'important. Il gaspille de l'argent, il ne fait pas les choses correctement, il pense qu'il est si important ... "et toutes sortes de petites idées semblables que le diable met à l'esprit. Et avec sa passion (sa passion principale était l'amour de l'argent), il a été pris par le diable et a trahit le Christ. Il ne voulait pas le trahir ; Il voulait simplement de l'argent. 
Quelqu'un d'entre nous peut être exactement dans cette position. Nous devons regarder nos cœurs et voir quelle passion de notre volonté sera le diable nous accrochant afin de trahir le Christ. Si nous pensons que nous sommes quelqu'un de supérieur à Judas,  et que nous ne le sommes pas, nous nous trompons tout à fait. Comme Judas, chacun d'entre nous a des passions dans son cœur. Examinons-les donc. Nous pouvons être pris avec amour pour la propreté, avec amour pour l'exactitude, avec amour pour un sentiment de beauté : l'un de nos petits défauts auxquels nous adhérons peut être une chose que le diable peut faire en sorte de nous attraper. Etant pris, nous pouvons commencer à justifier cette condition «logiquement» - sur la base de notre passion. Et à partir de ce processus de pensée «logique», nous pouvons trahir le Christ, à moins que nous ne veillions sur nous-mêmes et ne nous rendions compte que nous sommes remplis de passions. Que chacun de nous soit potentiellement un Judas. Par conséquent, quand vient l'opportunité, quand la passion commence à fonctionner en nous et commence logiquement à se développer à partir d'une passion en trahison, nous devons nous arrêter là et dire: «Seigneur, aie pitié de moi pécheur!"
Nous ne devons pas regarder la vie à travers les lunettes de nos passions, ni voir comment nous pouvons «adapter» la vie à ce que nous aimerions qu'elle soit, qu'il s'agisse d'une vie où il y a de la paix et du calme ou où il y a beaucoup de bruit et d'excitation. Si nous essayons de rendre la vie «conforme» comme celle-ci, un désastre total résultera. En regardant la vie, nous devons accepter toutes les choses qui nous apparaissent comme la providence de Dieu, en sachant qu'elles sont destinées à nous réveiller de nos passions. Nous devons prier Dieu pour nous montrer quelque chose de bon que nous pouvons faire. Lorsque nous acceptons ce qui nous vient, nous commençons à être comme la femme simple dans l'Evangile qui a entendu l'appel de Dieu et qui a pu être son ministre. Elle a été proclamée aux extrémités du monde, comme le dit notre Seigneur, à cause de la simple chose qu'elle a faite, en déversant la pommade sur Lui. Soyons comme elle : Sensible à regarder les chants de Dieu autour de nous. Ces signes viennent de partout : de la nature, de nos semblables, d'une chance apparente d'événements ... Il y a toujours, tous les jours, quelque chose qui nous indique la volonté de Dieu. Nous devons être ouverts à cela.
Une fois que nous devenons plus conscients des passions en nous-mêmes et commençons à nous battre contre elles, nous ne leur laisserons pas commencer le processus qui a été vu en Judas. Judas a commencé par une très petite chose : être préoccupé par le bon usage de l'argent. Et de ces petites choses, nous trahissons Dieu le Sauveur. Nous devons être sobre, ne pas voir l'accomplissement de nos passions autour de nous, mais plutôt l'indication de la volonté de Dieu : comment nous pourrions tout au plus nous réveiller et commencer à suivre le Christ dans sa Passion et sauver nos âmes.

Père Seraphim Rose, 

Each one of us is potentially a Judas,
A sermon given by Seraphim Rose during Great Lent, 1982


lundi 29 mai 2017

La trahison de Judas


La trahison de Judas : quand l’amour de l’argent éloigne de Dieu

Article retravaillé en 2026 — Réflexion sur la Passion du Christ

« Réjouis-toi, Rabbi ! » Et il Lui donna un baiser.
— Matthieu 26, 49

Une trahison devenue symbole

L’histoire humaine est marquée par de nombreuses trahisons. Mais parmi toutes celles dont la mémoire a traversé les siècles, celle de Judas Iscariote occupe une place singulière.

Son nom est devenu synonyme de perfidie : il désigne celui qui livre une personne dont il partage la confiance.

Judas n’était pourtant pas un étranger au Christ. Il faisait partie des Douze, ceux que Jésus avait appelés à Le suivre, qui avaient entendu Ses enseignements et partagé Sa vie quotidienne.

Comment un homme qui avait marché auprès du Seigneur a-t-il pu en arriver à Le livrer à Ses ennemis ?

Judas, l’un des Douze

Les Évangiles présentent Judas comme celui qui tenait la bourse commune des disciples. Jean rapporte qu’il détournait une partie de l’argent qui lui était confié (Jean 12, 4-6).

L’Écriture met ainsi en évidence l’importance de l’attachement aux richesses et du manque de droiture dans le cheminement de Judas.

Certains commentateurs ont également envisagé qu’il ait espéré voir Jésus devenir un Messie politique, capable de libérer Israël de la domination romaine. Face aux annonces répétées de la Passion, il aurait été confronté à un Messie bien différent de celui qu’il imaginait.

Les Évangiles ne nous permettent cependant pas de connaître avec certitude toutes les pensées qui ont conduit Judas à sa décision.

Le parfum de Béthanie : un signe révélateur

Peu avant la Passion, Marie, sœur de Lazare, répandit un parfum précieux sur les pieds de Jésus.

Judas protesta, affirmant que ce parfum aurait pu être vendu et l’argent donné aux pauvres. Mais l’Évangile selon saint Jean précise que ses paroles ne venaient pas d’un véritable souci des nécessiteux : il s’intéressait à l’argent dont il avait la garde.

Cet épisode révèle un contraste profond. Marie offre avec amour ce qu’elle possède de précieux, tandis que Judas semble mesurer les choses à leur valeur matérielle.

Le problème n’est donc pas simplement l’argent lui-même, mais la place qu’il occupe dans le cœur humain. Ce qui devrait rester un moyen peut devenir une passion qui obscurcit le discernement et éloigne de Dieu.

Les trente pièces d’argent

Après cet épisode, Judas se rendit auprès des grands prêtres et leur demanda ce qu’ils lui donneraient s’il leur livrait Jésus.

Ils lui promirent trente pièces d’argent.

À partir de ce moment, Judas chercha l’occasion de remettre son Maître entre leurs mains (Matthieu 26, 14-16).

Au jardin de Gethsémani, il arriva avec ceux qui venaient arrêter Jésus. Le signe qu’il leur avait donné était un baiser.

Ce geste, normalement associé à l’affection et à la proximité, devint le signe de la trahison.

La scène est d’autant plus bouleversante que Judas ne livrait pas un adversaire qu’il n’avait jamais rencontré : il livrait Celui auprès duquel il avait vécu.

Le dernier avertissement du Christ

Pendant le dernier repas, Jésus savait ce qui allait arriver. Pourtant, Il continua à s’adresser à Ses disciples et à leur donner des signes de Son amour.

L’Évangile selon saint Jean raconte que Jésus donna à Judas un morceau de pain après avoir annoncé que l’un des disciples Le trahirait (Jean 13, 21-30).

Ce passage nous confronte au mystère de la liberté humaine. Être proche du Christ ne signifie pas que l’on est incapable de s’en détourner. L’homme peut entendre la vérité, recevoir des signes d’amour et néanmoins choisir une autre voie.

Mais le récit ne nous invite pas seulement à condamner Judas. Il nous pousse aussi à examiner notre propre cœur : sommes-nous fidèles au Christ dans nos actes, ou seulement dans nos paroles ?

Le remords de Judas

Après l’arrestation et la condamnation de Jésus, Judas fut saisi de remords. Selon Matthieu, il rapporta l’argent aux grands prêtres en reconnaissant avoir livré un innocent.

Ceux-ci refusèrent de prendre la responsabilité de son acte. Judas jeta alors les pièces d’argent dans le Temple et partit (Matthieu 27, 3-5).

Son remords est tragique. Il reconnut la gravité de ce qu’il avait fait, mais l’Évangile ne rapporte pas qu’il se soit tourné vers le Christ pour Lui demander pardon.

Il faut distinguer le remords, qui nous enferme dans la culpabilité, du repentir chrétien, qui nous pousse à revenir vers Dieu et à implorer Sa miséricorde.

Nous ne pouvons pas prétendre connaître entièrement le jugement de Dieu sur une âme. Le destin de Judas demeure un avertissement solennel, mais le jugement ultime appartient au Seigneur.

Ne pas se croire à l’abri de la chute

L’histoire de Judas nous rappelle que la chute spirituelle ne commence pas toujours par un acte spectaculaire. Elle peut s’enraciner dans de petites compromissions, dans l’avidité, dans l’orgueil ou dans le refus d’écouter les appels de notre conscience.

Personne ne devrait se croire définitivement à l’abri de l’erreur. C’est pourquoi la tradition chrétienne insiste sur la vigilance, l’humilité et le repentir.

Lorsque nous nous éloignons de Dieu, nous pouvons encore revenir vers Lui. Le Christ accueille celui qui reconnaît sincèrement ses fautes et demande Sa miséricorde.

Ne laissons donc ni l’argent, ni l’orgueil, ni la rancune prendre la première place dans notre cœur.

Conclusion : choisir la fidélité au Christ

Judas a partagé la vie du Christ, mais il L’a livré à Ses ennemis. Son histoire demeure une mise en garde contre tout ce qui peut prendre la place de Dieu dans notre existence.

Elle nous invite à une question personnelle : que vaut notre foi si elle ne transforme ni nos actes, ni nos relations, ni notre manière de traiter notre prochain ?

Demandons au Seigneur de nous donner un cœur humble, fidèle et capable de se repentir. Et lorsque nous tombons, ne désespérons pas de Sa miséricorde.

Seigneur Jésus-Christ, garde-nous de la trahison, de l’avidité et de l’orgueil. Donne-nous la grâce de demeurer fidèles à Ton amour et de revenir vers Toi chaque fois que nous nous égarons. Amen.

Sources et références

Texte retravaillé et reformulé en 2026 à partir de l’article original signé du Dr Panagiotis S. Martini. Les références bibliques permettent de replacer le récit dans son contexte évangélique.