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jeudi 9 janvier 2020

Un visage démoniaque dans les incendies d'Australie ?


Un visage démoniaque dans les incendies d’Australie ?

En janvier 2020, alors que l’Australie était frappée par de gigantesques incendies de forêt, une photographie prise au milieu des flammes et de la fumée attira particulièrement l’attention.

Certains observateurs affirmaient distinguer dans le brasier un visage ressemblant à une créature démoniaque.

L’image fut rapidement partagée et commentée. Pour certains, cette forme semblait particulièrement troublante. Pour d’autres, il ne s’agissait que d’une illusion créée naturellement par les flammes et la fumée.

Mais au-delà de la photographie elle-même, cette histoire peut nous conduire à une réflexion spirituelle sur notre manière de regarder le mal et les catastrophes.

Un visage dans les flammes

Les incendies qui ravageaient alors l’Australie avaient provoqué d’immenses destructions.

Des vies humaines avaient été perdues, des habitations détruites et d’immenses territoires ravagés par le feu. L’article original de Mystique Orthodoxe, publié le 9 janvier 2020, rapportait cette catastrophe et évoquait la photographie dans laquelle certains pensaient reconnaître un visage démoniaque.

L'image était effectivement saisissante.

Dans les mouvements irréguliers de la fumée et du feu, des formes pouvaient donner l'impression de dessiner des yeux, une bouche et des contours rappelant un visage humain.

Fallait-il pour autant y voir une manifestation surnaturelle ?

Il convient de rester prudent.

La paréidolie : lorsque notre regard reconnaît des visages

Il existe un phénomène bien connu appelé paréidolie.

Notre cerveau cherche spontanément des formes familières dans des images ambiguës : un visage dans les nuages, une silhouette dans une ombre, un animal dans les rochers ou encore une figure humaine dans les flammes.

Les formes changeantes du feu et de la fumée sont particulièrement propices à ce phénomène.

Des images prises pendant les incendies australiens de 2019-2020 ont ainsi été interprétées comme montrant un « visage du diable », alors que cette apparence peut être expliquée par la manière dont notre perception organise des formes aléatoires.

Cela ne signifie pas que les personnes qui ont été impressionnées par la photographie ont « imaginé » volontairement quelque chose.

Le visage peut réellement sembler présent dans l'image.

Mais voir une forme qui ressemble à un visage ne permet pas, à lui seul, d'établir son origine surnaturelle.

Le mal existe-t-il pour autant ?

La prudence concernant une photographie ne signifie évidemment pas que la tradition chrétienne nie l'existence du mal spirituel.

L'Église orthodoxe enseigne l'existence des puissances spirituelles mauvaises et appelle le chrétien au discernement.

Mais le discernement chrétien consiste précisément à ne pas attribuer trop rapidement au démon tout phénomène étrange ou inquiétant.

Le chrétien n'est pas appelé à vivre dans la peur.

Il ne doit pas chercher Satan partout, ni transformer chaque événement inhabituel en signe surnaturel.

Le véritable combat spirituel est beaucoup plus profond.

Il concerne le cœur humain, les pensées, les passions, la haine, la violence, le désespoir et tout ce qui éloigne l'homme de Dieu.

Les flammes peuvent devenir une image spirituelle

Même si le visage aperçu dans cette photographie n'est qu'une manifestation de la paréidolie, l'image peut néanmoins prendre une valeur symbolique.

Le feu qui détruit, la fumée qui obscurcit le ciel et les paysages dévastés peuvent nous rappeler les conséquences terribles du mal dans notre monde.

Dans la Bible, le feu possède d'ailleurs plusieurs significations.

Il peut représenter le jugement, l'épreuve, la purification, mais aussi la présence divine.

Il ne faut donc pas interpréter automatiquement chaque incendie comme une punition de Dieu ou comme une manifestation du démon.

Une catastrophe naturelle demeure d'abord une catastrophe qui provoque souffrance et destruction.

Face à elle, le chrétien est appelé avant tout à prier, secourir et compatir.

Ne pas chercher le démon partout

La fascination pour les images mystérieuses peut parfois nous détourner de l'essentiel.

Nous pouvons passer beaucoup de temps à chercher des visages cachés, des signes mystérieux ou des manifestations extraordinaires, alors que le véritable appel chrétien se trouve devant nous.

Lorsqu'un homme souffre, il faut l'aider.

Lorsqu'une famille perd sa maison, il faut la soutenir.

Lorsqu'une population est frappée par une catastrophe, il faut prier pour elle et, lorsque cela est possible, agir concrètement.

Le Christ ne nous demande pas de vivre dans la peur des puissances des ténèbres.

Il nous demande de demeurer dans la lumière.

Le discernement plutôt que la peur

Cette photographie des incendies australiens peut donc être regardée de deux manières.

D'un côté, elle nous rappelle combien notre perception humaine peut donner un sens particulier aux formes que nous rencontrons. La paréidolie constitue une explication naturelle plausible à l'apparition d'un visage dans les flammes.

De l'autre, elle peut devenir pour le chrétien une occasion de réfléchir au mystère du mal et à la fragilité de notre monde.

Mais il faut éviter de franchir trop rapidement le pas qui consisterait à déclarer : « C'est le démon. »

Une photographie ne suffit pas à établir une réalité spirituelle.

Le chrétien orthodoxe est appelé à davantage de discernement.

Garder les yeux tournés vers le Christ

Au milieu des catastrophes, des images inquiétantes et des interrogations sur le mal, notre regard doit finalement revenir vers le Christ.

Car le christianisme n'est pas une spiritualité de la peur.

Même lorsque le monde semble plongé dans les flammes, le chrétien est appelé à garder confiance.

Le mal existe, mais il n'est pas Dieu.

La souffrance existe, mais elle n'aura pas le dernier mot.

Et derrière les images qui nous impressionnent, derrière les phénomènes que nous ne comprenons pas toujours, demeure une vérité essentielle :

notre espérance ne se trouve pas dans l'interprétation des signes mystérieux, mais dans le Christ.

Source et travail de réécriture

Article original : « Un visage démoniaque dans les incendies d'Australie ? », publié sur Mystique Orthodoxe le 9 janvier 2020.

Source indiquée dans l'article original : Forum La Nouvelle Jérusalem.

Le sujet faisait référence à une photographie prise pendant les incendies australiens de 2019-2020, dans laquelle certains observateurs distinguaient un visage ressemblant à une figure démoniaque. Des publications contemporaines rapportaient également cette interprétation, tandis que la paréidolie constitue une explication naturelle au fait de percevoir un visage dans des formes aléatoires de fumée ou de flammes.

Travail de réécriture : l'article original a été entièrement réorganisé et développé pour Mystique Orthodoxe. La formulation a été rendue plus prudente afin de distinguer clairement l'observation d'une image, son interprétation spirituelle et ce qui peut être établi objectivement.

L'objectif n'est pas de nier la réalité du mal spirituel dans la foi chrétienne, mais d'éviter d'affirmer qu'une image étrange constitue, à elle seule, la preuve d'une manifestation démoniaque.



mercredi 11 janvier 2017

Elder Paissios : les présences invisibles


Saint Païssios et les présences invisibles : discerner le monde spirituel

La tradition chrétienne orthodoxe affirme que le monde visible n’est pas toute la réalité. L’Écriture et l’enseignement des Pères parlent aussi du monde spirituel : les anges, les saints et, malheureusement, les puissances mauvaises.

Saint Païssios du Mont Athos, qui fut particulièrement attentif à cette dimension invisible de la vie chrétienne, racontait parfois certaines expériences spirituelles qu’il avait vécues au cours de son existence monastique.

Parmi elles figure un épisode survenu lors de son voyage en Australie en 1977.

Un voyage au-dessus de plusieurs terres

En 1977, le père Païssios se rendit en Australie avec le père Basile de Stavronikita, à l’invitation de l’Église orthodoxe locale.

Au cours du voyage en avion, il aurait ressenti des impressions spirituelles très différentes selon les régions survolées.

Lorsqu’il apprit que l’avion passait au-dessus de la Syrie, il expliqua avoir ressenti une grâce particulière. Dans sa perception spirituelle, cette terre portait encore la mémoire des nombreux ascètes et Pères du désert qui y avaient vécu.

Il aurait éprouvé quelque chose de semblable lorsqu’ils survolèrent la Terre Sainte.

Puis, selon son témoignage, son ressenti changea brusquement.

Une sensation de froid et une présence mauvaise

Le père Païssios raconta qu’à un moment il ressentit comme un froid intérieur et ce qu’il interpréta comme une présence démoniaque.

Peu après, il entendit le pilote annoncer qu’ils survolaient le Pakistan. Ce récit est rapporté dans les témoignages consacrés au saint, notamment dans sa biographie composée par l’hiéromoine Isaac.

Il ne s’agissait pas, dans son esprit, d'une simple question de géographie ou de climat. Païssios percevait les lieux également à travers leur histoire spirituelle, leur héritage chrétien et la présence ou l’absence de témoins de la foi.

Cette manière de parler doit cependant être comprise dans le contexte particulier de son expérience ascétique. Elle ne signifie pas que l’on puisse déterminer simplement qu’un pays ou qu’un peuple serait « démoniaque ». Une telle conclusion serait étrangère à l’esprit du discernement chrétien.

« L’Australie sera sanctifiée »

Arrivé en Australie, le père Païssios aurait eu une autre impression.

Il déclara que cette terre n’avait pas encore été sanctifiée, selon sa perception, par le sang des martyrs et le labeur des saints orthodoxes. Mais il ajouta qu’elle le serait.

Cette parole prend aujourd’hui une résonance particulière dans la vie de l’Église orthodoxe en Australie. Païssios fut profondément lié à ce voyage et son souvenir y demeure très vivant. Il est d’ailleurs aujourd’hui officiellement honoré comme saint dans l’Église orthodoxe, après sa canonisation par le Patriarcat œcuménique en 2015.

Il faut néanmoins distinguer la parole spirituelle attribuée au saint de son interprétation historique. Dire qu’une terre sera « sanctifiée » ne signifie pas nécessairement qu’elle serait auparavant abandonnée de Dieu. Dans la perspective orthodoxe, toute terre peut devenir un lieu de prière, de conversion et de témoignage chrétien.

Le monde invisible et le discernement

L’enseignement de saint Païssios sur le monde spirituel ne doit pas nous conduire à rechercher partout des manifestations extraordinaires.

Au contraire, l’un des traits caractéristiques de la tradition ascétique orthodoxe est la prudence.

Les Pères mettent en garde contre la fascination pour les visions, les phénomènes surnaturels et les expériences extraordinaires. Même lorsqu’une personne croit avoir perçu quelque chose d’invisible, elle doit éviter de tirer rapidement des conclusions sur son origine.

Saint Païssios lui-même insistait sur la nécessité du discernement spirituel et mettait en garde contre les illusions qui peuvent accompagner une vie spirituelle mal équilibrée.

Le chrétien n’est donc pas appelé à vivre dans la peur des démons, mais dans la confiance en Dieu.

Ne pas avoir peur de ce que nous ne voyons pas

La foi orthodoxe ne nie pas l’existence du monde invisible. Mais elle ne nous invite pas non plus à en faire une obsession.

Le centre de la vie chrétienne demeure le Christ.

L’homme qui prie, qui se repent, qui participe aux sacrements et qui cherche humblement à vivre selon l’Évangile n’a pas besoin de passer son temps à interpréter chaque sensation, chaque rêve ou chaque événement inhabituel.

Le discernement véritable produit la paix, l’humilité et la vigilance. La peur permanente, elle, peut facilement détourner l’âme de l’essentiel.

Saint Païssios nous rappelle ainsi quelque chose de précieux : le monde est plus vaste que ce que nos yeux peuvent percevoir, mais notre regard doit toujours rester tourné vers Dieu.

L’invisible existe, mais le chrétien n’a pas à le poursuivre.

Il est appelé à chercher le Christ.

Source et travail de réécriture

Article original publié sur Mystique Orthodoxe le 11 janvier 2017, sous le titre « Elder Paissios : les présences invisibles ».

Le récit est attribué à saint Païssios du Mont Athos et provient, dans l’article original, d’un extrait de la biographie consacrée au saint par l’hiéromoine Isaac. Le témoignage concernant son voyage en Australie en 1977 est également repris dans des publications orthodoxes consacrées à sa vie.

Cette nouvelle version a été entièrement réorganisée et réécrite afin de rendre le texte plus clair, plus spirituel et plus adapté à une lecture contemporaine. Les affirmations concernant les « présences » spirituelles sont présentées comme le témoignage et la perception spirituelle de saint Païssios, et non comme des faits pouvant être vérifiés scientifiquement.