mercredi 11 janvier 2017

Elder Paissios : les présences invisibles


Saint Païssios et les présences invisibles : discerner le monde spirituel

La tradition chrétienne orthodoxe affirme que le monde visible n’est pas toute la réalité. L’Écriture et l’enseignement des Pères parlent aussi du monde spirituel : les anges, les saints et, malheureusement, les puissances mauvaises.

Saint Païssios du Mont Athos, qui fut particulièrement attentif à cette dimension invisible de la vie chrétienne, racontait parfois certaines expériences spirituelles qu’il avait vécues au cours de son existence monastique.

Parmi elles figure un épisode survenu lors de son voyage en Australie en 1977.

Un voyage au-dessus de plusieurs terres

En 1977, le père Païssios se rendit en Australie avec le père Basile de Stavronikita, à l’invitation de l’Église orthodoxe locale.

Au cours du voyage en avion, il aurait ressenti des impressions spirituelles très différentes selon les régions survolées.

Lorsqu’il apprit que l’avion passait au-dessus de la Syrie, il expliqua avoir ressenti une grâce particulière. Dans sa perception spirituelle, cette terre portait encore la mémoire des nombreux ascètes et Pères du désert qui y avaient vécu.

Il aurait éprouvé quelque chose de semblable lorsqu’ils survolèrent la Terre Sainte.

Puis, selon son témoignage, son ressenti changea brusquement.

Une sensation de froid et une présence mauvaise

Le père Païssios raconta qu’à un moment il ressentit comme un froid intérieur et ce qu’il interpréta comme une présence démoniaque.

Peu après, il entendit le pilote annoncer qu’ils survolaient le Pakistan. Ce récit est rapporté dans les témoignages consacrés au saint, notamment dans sa biographie composée par l’hiéromoine Isaac.

Il ne s’agissait pas, dans son esprit, d'une simple question de géographie ou de climat. Païssios percevait les lieux également à travers leur histoire spirituelle, leur héritage chrétien et la présence ou l’absence de témoins de la foi.

Cette manière de parler doit cependant être comprise dans le contexte particulier de son expérience ascétique. Elle ne signifie pas que l’on puisse déterminer simplement qu’un pays ou qu’un peuple serait « démoniaque ». Une telle conclusion serait étrangère à l’esprit du discernement chrétien.

« L’Australie sera sanctifiée »

Arrivé en Australie, le père Païssios aurait eu une autre impression.

Il déclara que cette terre n’avait pas encore été sanctifiée, selon sa perception, par le sang des martyrs et le labeur des saints orthodoxes. Mais il ajouta qu’elle le serait.

Cette parole prend aujourd’hui une résonance particulière dans la vie de l’Église orthodoxe en Australie. Païssios fut profondément lié à ce voyage et son souvenir y demeure très vivant. Il est d’ailleurs aujourd’hui officiellement honoré comme saint dans l’Église orthodoxe, après sa canonisation par le Patriarcat œcuménique en 2015.

Il faut néanmoins distinguer la parole spirituelle attribuée au saint de son interprétation historique. Dire qu’une terre sera « sanctifiée » ne signifie pas nécessairement qu’elle serait auparavant abandonnée de Dieu. Dans la perspective orthodoxe, toute terre peut devenir un lieu de prière, de conversion et de témoignage chrétien.

Le monde invisible et le discernement

L’enseignement de saint Païssios sur le monde spirituel ne doit pas nous conduire à rechercher partout des manifestations extraordinaires.

Au contraire, l’un des traits caractéristiques de la tradition ascétique orthodoxe est la prudence.

Les Pères mettent en garde contre la fascination pour les visions, les phénomènes surnaturels et les expériences extraordinaires. Même lorsqu’une personne croit avoir perçu quelque chose d’invisible, elle doit éviter de tirer rapidement des conclusions sur son origine.

Saint Païssios lui-même insistait sur la nécessité du discernement spirituel et mettait en garde contre les illusions qui peuvent accompagner une vie spirituelle mal équilibrée.

Le chrétien n’est donc pas appelé à vivre dans la peur des démons, mais dans la confiance en Dieu.

Ne pas avoir peur de ce que nous ne voyons pas

La foi orthodoxe ne nie pas l’existence du monde invisible. Mais elle ne nous invite pas non plus à en faire une obsession.

Le centre de la vie chrétienne demeure le Christ.

L’homme qui prie, qui se repent, qui participe aux sacrements et qui cherche humblement à vivre selon l’Évangile n’a pas besoin de passer son temps à interpréter chaque sensation, chaque rêve ou chaque événement inhabituel.

Le discernement véritable produit la paix, l’humilité et la vigilance. La peur permanente, elle, peut facilement détourner l’âme de l’essentiel.

Saint Païssios nous rappelle ainsi quelque chose de précieux : le monde est plus vaste que ce que nos yeux peuvent percevoir, mais notre regard doit toujours rester tourné vers Dieu.

L’invisible existe, mais le chrétien n’a pas à le poursuivre.

Il est appelé à chercher le Christ.

Source et travail de réécriture

Article original publié sur Mystique Orthodoxe le 11 janvier 2017, sous le titre « Elder Paissios : les présences invisibles ».

Le récit est attribué à saint Païssios du Mont Athos et provient, dans l’article original, d’un extrait de la biographie consacrée au saint par l’hiéromoine Isaac. Le témoignage concernant son voyage en Australie en 1977 est également repris dans des publications orthodoxes consacrées à sa vie.

Cette nouvelle version a été entièrement réorganisée et réécrite afin de rendre le texte plus clair, plus spirituel et plus adapté à une lecture contemporaine. Les affirmations concernant les « présences » spirituelles sont présentées comme le témoignage et la perception spirituelle de saint Païssios, et non comme des faits pouvant être vérifiés scientifiquement.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire