Saint Païssios et l’avortement : la défense de la vie et l’appel à la miséricorde
Saint Païssios du Mont Athos parlait de l’avortement avec une grande gravité. Pour lui, la vie humaine est un don de Dieu qui commence dès la conception et l’enfant à naître ne doit jamais être considéré comme une simple possibilité ou comme un obstacle à la vie des adultes.
Son enseignement sur ce sujet est parfois exprimé avec des paroles particulièrement fortes. Mais derrière cette sévérité se trouve une conviction essentielle : la vie humaine est précieuse, même lorsqu’elle est fragile, malade ou encore invisible aux yeux du monde.
Une vie reçue dès la conception
Saint Païssios insistait sur le fait que les parents doivent comprendre que la vie de l’être humain commence dès la conception. Cette conviction s’inscrit dans la compréhension orthodoxe de la personne humaine : l’enfant à naître est déjà une vie humaine confiée à la responsabilité de ses parents.
Pour le saint, la maladie ou le handicap ne diminuent pas la valeur de cette vie.
Il parlait notamment des enfants atteints de maladies graves et rappelait que leur existence ne devait pas être considérée comme une erreur ou comme une vie sans valeur.
La question fondamentale n’est donc pas :
« Cet enfant sera-t-il parfait ? »
mais :
« Sommes-nous capables de recevoir cette vie comme un don de Dieu ? »
Une parole particulièrement sévère
Dans les enseignements qui lui sont attribués, saint Païssios qualifie l’avortement de péché très grave et de meurtre, parce qu’il considère l’enfant conçu comme une personne humaine.
Il dénonce également la manière dont certaines sociétés peuvent en venir à considérer certains enfants comme indésirables simplement parce qu’ils sont malades ou parce que leur naissance semble difficile à accepter.
Il évoque ainsi une situation dans laquelle une femme enceinte, déjà mère de plusieurs enfants, subirait des pressions de son mari pour avorter.
Saint Païssios répond à cette situation en rappelant la gravité de l’acte et la nécessité de faire confiance à Dieu plutôt que de considérer l’enfant comme un problème à éliminer. Ces paroles sont rapportées dans des publications consacrées à son enseignement sur l’avortement.
Il faut toutefois comprendre certaines de ses affirmations dans leur contexte spirituel. Lorsqu’il affirme que les autres enfants pourraient subir des maladies ou des accidents après un avortement, il s’agit de son interprétation spirituelle et de son exhortation, et non d'une affirmation médicale démontrée selon laquelle un avortement provoquerait de tels événements.
La douleur d’une vision
Saint Païssios rapporta également une expérience spirituelle particulièrement bouleversante.
En 1984, alors qu’il priait pour les vivants et pour les défunts, il dit avoir eu une vision dans laquelle il aperçut un vaste champ ressemblant à un cimetière.
À côté de ce lieu se trouvait une région rocailleuse d’où provenaient des cris innombrables et bouleversants.
Selon le récit qu’il donna lui-même, une voix lui expliqua que ce lieu était associé aux âmes des enfants victimes d’avortements.
Cette expérience aurait profondément marqué le saint. Il disait avoir ressenti une immense douleur pour ces enfants et avoir compris, d’une manière spirituelle, la gravité de l’avortement. Le récit de cette vision est repris dans plusieurs publications orthodoxes consacrées à ses enseignements.
Il ne s’agit évidemment pas d’une description que l’on pourrait vérifier scientifiquement de l’au-delà. Il faut la recevoir comme un témoignage spirituel attribué à saint Païssios, exprimant avec une grande force sa compassion pour les enfants à naître.
Ne jamais considérer un enfant malade comme une vie sans valeur
Un aspect particulièrement important de son enseignement concerne les enfants malades.
Saint Païssios s’opposait à l’idée selon laquelle une maladie grave ou un handicap rendrait une vie moins précieuse.
Il parlait notamment des enfants atteints de trisomie et dénonçait le fait que certains parents puissent être poussés à avorter après avoir appris que leur enfant serait atteint d’une anomalie génétique. Dans un autre enseignement qui lui est attribué, il rappelle que l’enfant malade reste une personne humaine et possède une âme.
Cette parole rejoint une vérité fondamentale du christianisme : la valeur d’une personne ne dépend pas de ses capacités physiques ou intellectuelles.
Un enfant malade n’est pas une maladie.
Une personne handicapée n’est pas son handicap.
Et une vie fragile n’est pas une vie qui aurait moins de valeur.
Mais que dire à ceux qui ont déjà vécu un avortement ?
C’est ici qu’il faut également entendre l’autre dimension de la tradition chrétienne : la miséricorde.
L’Église considère l’avortement comme un péché grave, mais elle ne considère jamais le pécheur comme définitivement perdu.
La repentance demeure toujours possible.
Une personne qui a vécu un avortement peut porter une souffrance profonde, parfois pendant de nombreuses années. Elle peut ressentir du regret, de la culpabilité ou une grande solitude.
Le message chrétien ne consiste pas à lui dire qu’elle est condamnée sans espérance.
Il consiste à lui montrer le chemin du repentir, de la confession, de la prière et de la guérison intérieure.
Dans la tradition orthodoxe, la gravité du péché et la miséricorde de Dieu ne sont pas contradictoires.
Plus le péché est grave, plus grande encore doit être l’espérance placée dans la miséricorde du Christ.
Protéger la mère autant que l’enfant
L’enseignement de saint Païssios ne devrait pas non plus être réduit à une condamnation de la femme confrontée à une grossesse difficile.
Une femme enceinte peut être abandonnée, pauvre, malade, terrorisée par son entourage ou incapable d’imaginer comment elle pourra élever un enfant.
C'est précisément dans ces situations que la communauté chrétienne devrait être présente.
Dire « garde ton enfant » ne suffit pas.
Il faut aussi pouvoir dire :
« Nous allons t’aider. »
Aider une mère signifie l’accompagner matériellement, moralement et spirituellement. Cela signifie également soutenir les familles nombreuses, les femmes seules, les enfants malades et les familles confrontées au handicap.
La défense de la vie ne peut être authentiquement chrétienne que si elle devient aussi une œuvre de charité.
Une société qui doit apprendre à accueillir les plus fragiles
Saint Païssios dénonçait une société qui cherche parfois à éliminer ce qui lui paraît trop difficile plutôt qu’à transformer les conditions de vie qui rendent cette difficulté insupportable.
Son enseignement nous invite ainsi à nous interroger.
Pourquoi une femme enceinte peut-elle avoir l'impression qu'elle n'a pas d'autre solution que l'avortement ?
Pourquoi un diagnostic de maladie peut-il conduire certains parents à penser que leur enfant ne devrait pas vivre ?
Pourquoi les personnes handicapées sont-elles encore parfois considérées avant tout à travers leurs limitations ?
La réponse chrétienne n'est pas seulement de condamner.
Elle consiste aussi à porter les fardeaux les uns des autres.
La vie comme un don de Dieu
Pour saint Païssios, l'enfant n'est pas la propriété de ses parents.
Il est une personne confiée à leur amour.
Cette vision transforme profondément le regard que nous portons sur la naissance.
L'enfant n'est pas simplement le résultat d'un projet humain. Il est aussi un mystère qui nous dépasse.
Et lorsqu'une vie apparaît fragile, malade ou difficile à accueillir, elle ne cesse pas pour autant d'être une vie.
Saint Païssios nous rappelle ainsi que la véritable compassion chrétienne commence lorsque nous acceptons de regarder la personne avant de regarder sa maladie, son handicap, sa situation sociale ou les difficultés qu'elle représente.
Défendre la vie par la prière et la charité
L'enseignement de saint Païssios sur l'avortement est exigeant.
Mais il ne devrait pas conduire les chrétiens à vivre dans la colère ou dans le jugement.
Il devrait plutôt nous conduire à la prière.
Prier pour les enfants à naître. Prier pour les femmes qui connaissent une grossesse difficile.
Prier pour les pères qui doivent assumer leurs responsabilités. Prier pour les familles qui accueillent un enfant malade.
Et prier également pour ceux qui ont déjà vécu un avortement et qui cherchent maintenant le pardon et la paix.
Car la défense de la vie chrétienne ne consiste pas seulement à dire « non » à la mort. Elle consiste à apprendre à dire « oui » à la vie, à la compassion, au pardon et à l'amour du Christ.
Source et travail de réécriture
Article original publié sur Mystique Orthodoxe le 6 février 2023, sous le titre « Elder Paisios : L'avortement ».
Le texte original indiquait comme source un extrait publié sur Nasledie77. Les enseignements attribués à saint Païssios sur l'avortement sont également repris dans des publications orthodoxes qui les rattachent notamment à The Truth About Abortions, publié en grec par Orthodox Kypseli en 2011.
Cette nouvelle version a été entièrement réorganisée et réécrite. Les paroles de saint Païssios sont présentées comme des enseignements spirituels qui lui sont attribués, et non comme des affirmations médicales ou scientifiques. Les passages concernant les maladies et les accidents pouvant toucher les autres enfants après un avortement ont notamment été reformulés avec prudence.
L'article met également davantage en lumière la dimension de miséricorde, de repentance et d'accompagnement, afin que la défense chrétienne de la vie ne soit pas séparée de la compassion envers les femmes et les familles confrontées à des situations douloureuses.