jeudi 16 février 2023

Professeur Jérôme Lejeune, et l'avortement..


Professeur Jérôme Lejeune

Jérôme Lejeune : un homme de science face au mystère de la vie

Le professeur Jérôme Lejeune demeure l’une des grandes figures françaises de la génétique du XXe siècle. Médecin et chercheur, il consacra une grande partie de sa vie à l’étude des maladies génétiques et au soin des personnes porteuses de trisomie 21.

Mais son parcours scientifique prit progressivement une dimension éthique. À mesure que les progrès de la médecine permettaient de mieux diagnostiquer certaines anomalies génétiques avant la naissance, Lejeune s’interrogea sur l’usage qui pouvait être fait de ces découvertes.

Pour lui, connaître une maladie devait d’abord permettre de mieux soigner celui qui en souffre, et non conduire à considérer sa vie comme moins digne d’être vécue.

Un médecin qui voulait soigner

Jérôme Lejeune avait choisi la médecine et la recherche pour comprendre les maladies et trouver des moyens de les combattre.

En 1959, avec ses collaborateurs, il identifia la présence d’un chromosome supplémentaire dans les cellules des personnes atteintes de trisomie 21. Cette découverte contribua de manière décisive à la compréhension de cette affection.

Mais Lejeune ne considérait pas ses patients comme de simples objets d’étude.

Il les recevait, les connaissait et suivait leurs familles. Son engagement scientifique était profondément lié à une conviction : une maladie ne définit jamais entièrement la personne qui en souffre.

C’est précisément ce qui rendit particulièrement douloureux pour lui le développement du diagnostic prénatal lorsqu’il pouvait aboutir à l’élimination des enfants porteurs d’une anomalie génétique.

L’Institut Lejeune rapporte qu’en 1970, alors qu’une proposition de loi envisageait notamment l’avortement dans certains cas d’embryopathie incurable, un enfant trisomique venu en consultation aurait dit à son père : « on veut nous tuer, il faut que tu nous défendes ». Le récit est rapporté par Clara Lejeune, la fille du professeur.

Cette rencontre aurait profondément marqué Jérôme Lejeune et contribué à son engagement public.

« Il faut que tu nous défendes »

À partir de cette période, Lejeune prit régulièrement la parole dans le débat public.

Dans les années 1970, alors que la France discutait profondément de la question de l’avortement, il défendit publiquement la vie des enfants à naître et demanda que la médecine demeure fidèle à sa vocation de soin.

Une archive de l’INA datant du 5 juin 1973 montre ainsi Lejeune participant à une réunion avec des médecins étrangers opposés à l’avortement. Il y défendait notamment l’idée que le rôle du médecin est de soigner et appelait la société à accompagner les femmes en situation de détresse.

Son opposition ne reposait donc pas uniquement sur une question théorique.

Elle était liée à son expérience quotidienne de médecin : derrière un diagnostic, il y avait toujours une personne.

La science devant la dignité humaine

L’un des aspects les plus intéressants de la pensée de Jérôme Lejeune est précisément la relation qu’il établissait entre science et conscience.

La génétique permet de connaître de mieux en mieux les mécanismes de la vie. Mais, pour Lejeune, le fait de pouvoir identifier une anomalie ne répond pas à une question essentielle : que devons-nous faire de ce que nous savons ?

La science peut décrire un mécanisme biologique. Elle peut identifier un chromosome, une mutation ou une maladie.

Mais elle ne peut pas, à elle seule, déterminer la valeur ultime d’une personne humaine.

C’est ici que la réflexion de Lejeune dépassait le laboratoire.

La question n’était plus seulement :

« Qu’est-ce que cet enfant a ? »

mais aussi :

« Que faisons-nous de cet enfant ? »

Cette interrogation conserve une grande actualité dans un monde où les progrès du diagnostic prénatal permettent de connaître toujours davantage de caractéristiques de l’enfant avant sa naissance.

Une vie qui ne se mesure pas à sa perfection

Lejeune s’opposait particulièrement à une conception selon laquelle certaines vies pourraient être considérées comme moins dignes en raison d’une maladie, d’un handicap ou d’une anomalie génétique.

Son combat était d’abord celui d’un médecin qui refusait que la maladie devienne un critère permettant de déterminer la valeur d’une personne.

Cette conviction rejoint profondément une intuition chrétienne : la dignité de l’être humain ne dépend ni de sa santé, ni de son intelligence, ni de ses capacités physiques.

Dans l’Évangile, le Christ se tourne précisément vers ceux que la société risque de négliger : les malades, les faibles, les pauvres, les petits.

La grandeur d’une civilisation peut ainsi se mesurer à la manière dont elle accueille les plus vulnérables.

Un « signe de contradiction »

Jérôme Lejeune savait que ses prises de position lui attireraient des oppositions.

La Fondation Jérôme Lejeune rappelle qu’il donna des centaines de conférences et d’interviews pour défendre la vie et qu’il poursuivit cet engagement malgré les controverses. Il fut notamment nommé membre de l’Académie pontificale des sciences en 1974 et élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1981.

Il mourut le 3 avril 1994, le matin de Pâques, après avoir été atteint d’un cancer.

Son parcours laisse ainsi une image particulière : celle d’un scientifique qui n’a pas considéré la foi, la conscience et la recherche comme nécessairement opposées.

Pour lui, mieux connaître la vie devait conduire à davantage de respect pour la vie.

La vie comme un mystère à accueillir

Pour un chrétien, la question de la vie humaine possède une profondeur qui dépasse largement la biologie.

La vie est reçue avant d’être maîtrisée.

Elle demeure un mystère, même lorsque la science en découvre progressivement les mécanismes.

C’est peut-être là que le témoignage de Jérôme Lejeune conserve sa force : il nous rappelle que le progrès scientifique n’est pas seulement une question de ce que nous sommes capables de faire.

Il est aussi une question de ce que nous choisissons de faire de nos connaissances.

La médecine peut diagnostiquer.

La science peut expliquer.

La technique peut intervenir.

Mais devant une vie humaine fragile, demeure toujours cette question fondamentale :

sommes-nous capables de regarder celui qui est faible comme une personne à accueillir, à aimer et à soigner ?

Pour la foi chrétienne, chaque être humain porte une dignité qui ne lui vient ni de sa force, ni de son intelligence, ni de sa santé.

Elle vient de Dieu.

Et c’est pourquoi le visage du plus petit peut parfois devenir pour nous un véritable appel à la charité.

Source et travail de réécriture

Article original publié sur Mystique Orthodoxe le 16 février 2023, sous le titre « Professeur Jérôme Lejeune, et l'avortement.. ».

La nouvelle version s’appuie sur les éléments biographiques disponibles auprès de l’Institut Lejeune, ainsi que sur les archives de l’INA concernant les interventions publiques de Jérôme Lejeune dans les années 1970.

L’article a été entièrement réorganisé et réécrit. L’accent a été placé sur le parcours scientifique et médical de Jérôme Lejeune, sur son souci des personnes atteintes de trisomie 21 et sur les questions éthiques soulevées par l’utilisation du diagnostic prénatal. 

 

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