Père Ilie Cleopa : les neuf étapes de la prière
Le Père Ilie Cleopa, grand spirituel roumain du monastère de Sihăstria, enseignait que la prière possède différents degrés.
Elle commence parfois de manière très simple, avec seulement les lèvres, puis elle descend progressivement dans l'esprit et dans le cœur. Avec la persévérance, l'homme peut avancer vers une prière toujours plus intérieure, jusqu'à la contemplation de Dieu.
Voici les neuf étapes de la prière telles qu'elles sont présentées dans son enseignement.
1. La prière des lèvres
Le premier degré est celui de la prière prononcée avec les lèvres.
Même si notre esprit est encore facilement distrait, nous devons commencer à prier.
Le Père Cleopa rappelle que l'Écriture nous demande d'offrir à Dieu « les fruits de nos lèvres » et de bénir continuellement le Seigneur.
Il cite notamment le Psaume 33 :
« Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma bouche. »
La prière commence donc extérieurement.
Nous prononçons les paroles saintes, nous les répétons, nous nous habituons à nous tenir devant Dieu.
C'est le commencement.
2. La prière de la bouche
Le deuxième degré demeure encore extérieur, mais la prière devient plus attentive.
Nous ne nous contentons plus simplement de prononcer des paroles : nous commençons à comprendre ce que nous disons.
Le Père Cleopa rappelle cette parole du psalmiste :
« De ma voix, j'ai crié vers le Seigneur. »
La bouche devient ainsi l'instrument par lequel l'homme appelle Dieu.
Au début, nous pouvons avoir beaucoup de distractions. Notre esprit s'échappe, revient, repart encore.
Il ne faut cependant pas abandonner.
Comme un enfant qui apprend à marcher, nous devons continuer.
3. La prière de la langue
La troisième étape consiste à persévérer dans la prière jusqu'à ce que celle-ci devienne une habitude intérieure.
La langue répète les paroles de la prière, mais peu à peu l'homme commence à les vivre.
Il ne s'agit plus seulement de réciter mécaniquement.
La prière commence à pénétrer l'âme.
Le Père Cleopa insiste sur la nécessité de la persévérance : il faut continuer à prier même lorsque nous ne ressentons rien de particulier.
La prière véritable se construit dans la fidélité.
4. La prière de la voix
Vient ensuite la prière exprimée pleinement par la voix.
Ces premiers degrés peuvent sembler très simples, mais ils sont indispensables.
Le Père Cleopa les compare à ce que l'on apprend à un enfant.
Nous commençons par les choses élémentaires, nous répétons, nous persévérons et, avec le temps, notre esprit apprend à accompagner les paroles.
Il ne faut donc pas mépriser la prière simple.
Même une prière prononcée difficilement, avec un esprit encore dispersé, peut devenir le commencement d'un profond chemin spirituel.
5. La prière de l'esprit
Après avoir longtemps persévéré dans la prière extérieure, quelque chose peut commencer à changer.
L'homme ne prononce plus seulement les paroles : son esprit commence à comprendre ce qu'il dit.
C'est alors que commence la cinquième étape, que le Père Cleopa appelle la prière de l'esprit.
La prière devient plus intérieure.
L'intelligence s'unit aux paroles.
L'homme commence réellement à être attentif à Dieu.
Mais le Père Cleopa précise que cette étape n'est pas encore la perfection.
Il la compare à un oiseau qui n'aurait qu'une seule aile ou à un homme qui voudrait marcher avec une seule jambe.
La prière de l'esprit doit encore descendre plus profondément.
6. La prière du cœur
La sixième étape est la prière du cœur.
C'est ici que l'enseignement du Père Cleopa devient particulièrement profond.
Il faut, dit-il en substance, faire descendre l'esprit dans le cœur.
La prière de Jésus devient alors centrale :
« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. »
Mais cette prière demande un grand discernement.
Le Père Cleopa met notamment en garde contre l'imagination.
Lorsque l'esprit entre dans la prière intérieure, il ne faut pas chercher à imaginer des visions, des anges, des saints ou des réalités célestes.
Il faut rester dans la simplicité et l'humilité.
La prière véritable n'est pas une recherche de sensations extraordinaires.
La garde du cœur
Lorsque l'esprit descend dans le cœur, le combat spirituel devient plus subtil.
Le Père Cleopa évoque notamment deux dangers : l'imagination et le raisonnement qui peuvent détourner l'esprit de la véritable prière.
Il faut donc garder le cœur avec attention. Ne rien imaginer. Ne rien provoquer. Ne pas rechercher les phénomènes extraordinaires.
Simplement demeurer devant Dieu avec humilité. Alors, selon son enseignement, la prière peut devenir accompagnée d'une profonde douceur intérieure et de larmes.
Ces larmes ne sont pas simplement émotionnelles.
Elles peuvent devenir les larmes du repentir, de la purification et de l'amour de Dieu.
Une prière accompagnée de larmes
Le Père Cleopa rapporte l'expérience d'un ancien avec lequel il avait échangé dans le désert.
Celui-ci lui raconta qu'après être demeuré longtemps dans la prière du cœur, il avait ressenti une profonde douceur divine et avait eu le sentiment que « le Christ avait rencontré son âme ».
Il lui expliqua même qu'en un peu plus de deux heures de prière, il avait utilisé plusieurs mouchoirs à cause de ses larmes.
Cette image montre jusqu'où peut conduire la prière intérieure lorsqu'elle devient réellement une prière de repentance et d'amour.
Mais le Père Cleopa rappelle également, en citant saint Isaac le Syrien, que la véritable pureté du cœur est extrêmement rare.
Il ne faut donc jamais se considérer comme arrivé.
Plus la prière devient profonde, plus l'homme doit devenir humble.
7. La prière active
Après la prière du cœur viennent des degrés encore plus élevés.
Le Père Cleopa parle notamment de la prière active.
L'homme ne se contente plus de réserver certains moments à Dieu. La prière devient une activité intérieure permanente. Elle accompagne la personne dans sa vie.
Elle devient progressivement ce que demande saint Paul :
« Priez sans cesse. »
Le cœur demeure tourné vers Dieu même lorsque l'homme travaille, marche ou accomplit les tâches ordinaires de son existence.
La prière n'est alors plus séparée de la vie. Elle devient une manière de vivre devant Dieu.
8. La prière contemplative
Vient ensuite la prière contemplative.
À ce stade, l'homme ne cherche plus seulement à parler à Dieu. Il entre dans une profonde contemplation du mystère divin.
Les paroles deviennent moins importantes. L'âme se tient devant Dieu dans le silence intérieur. Il ne s'agit pas d'une technique permettant d'obtenir une expérience mystique.
Ce degré ne se fabrique pas. Il est reçu comme une grâce. C'est pourquoi l'humilité demeure absolument essentielle.
Celui qui recherche volontairement des expériences extraordinaires risque de tomber dans l'illusion. Le véritable chemin consiste au contraire à prier simplement, à se repentir et à laisser Dieu agir.
9. La vision de Dieu
Enfin, le Père Cleopa parle d'un degré qui dépasse même ce que nous appelons habituellement la prière.
La contemplation peut devenir vision de Dieu.
Il rapproche cette expérience de ce que saint Paul raconte lorsqu'il évoque son ravissement jusqu'au troisième ciel :
« Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans — était-ce dans son corps ? Je ne sais ; était-ce hors de son corps ? Je ne sais, Dieu le sait — cet homme-là fut ravi jusqu'au troisième ciel. »
(2 Corinthiens 12,2)
L'homme entre alors dans un mystère qui dépasse les possibilités ordinaires de notre intelligence.
Ce n'est plus une prière faite seulement de paroles. C'est une rencontre contemplative avec le mystère de Dieu.
Ne pas chercher les hauteurs, mais rester humble
L'enseignement du Père Cleopa pourrait facilement être mal compris.
Ces neuf étapes ne doivent pas devenir un objectif permettant de se comparer aux autres.
Il ne faut pas se demander :
« À quel niveau suis-je arrivé ? »
La vraie question est plutôt :
« Est-ce que je prie avec sincérité ? Est-ce que mon cœur devient plus humble ? Est-ce que je me rapproche du Christ ? »
La prière véritable produit des fruits.
Elle conduit au repentir, à l'amour, à la patience, au pardon et à l'humilité. Celui qui prie profondément ne devient pas orgueilleux.
Au contraire, il découvre davantage sa propre faiblesse et la grandeur de la miséricorde de Dieu.
Commencer simplement
Nous n'avons pas besoin de chercher immédiatement les degrés les plus élevés.
Commençons simplement. Prenons quelques minutes chaque jour.
Faisons le signe de croix. Disons lentement :
« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. »
Lorsque notre esprit se disperse, revenons simplement à la prière. Lorsque nous tombons, recommençons. Lorsque nous ne ressentons rien, continuons malgré tout.
La prière n'est pas d'abord une émotion. Elle est une fidélité.
Et avec le temps, si Dieu le permet, ce qui était au commencement une parole prononcée par les lèvres peut devenir une prière qui habite profondément le cœur.
La prière qui devient vie
L'enseignement du Père Ilie Cleopa nous rappelle finalement que la prière est un chemin.
Elle commence humblement. Elle grandit avec la persévérance. Elle descend de l'intelligence dans le cœur. Elle devient peu à peu une présence intérieure et une orientation permanente vers Dieu.
Et les degrés les plus élevés ne sont jamais le résultat de notre propre mérite : ils appartiennent au mystère de la grâce.
Notre tâche est beaucoup plus simple :
prier, persévérer, nous repentir et rester humbles devant Dieu.
Alors, même lorsque nous ne connaissons pas les hauteurs de la contemplation, notre prière quotidienne peut déjà transformer notre vie.
Prière
Seigneur Jésus-Christ,
Fils du Dieu vivant,
apprends-nous à prier avec un cœur humble.
Lorsque nos lèvres prononcent Ton nom,
fais que notre esprit soit attentif.
Lorsque notre esprit prie,
fais descendre cette prière dans notre cœur.
Purifie-nous de nos distractions, de notre orgueil et de notre imagination.
Donne-nous la persévérance dans la prière,
la grâce du repentir et l'amour de Ton saint Nom.
Et surtout, Seigneur,
ne permets jamais que nous recherchions les dons au lieu de Te rechercher Toi-même.
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur.
Amen.
Source et travail de réécriture
Article original : Mystique Orthodoxe, « Père Ilie Cleopa : Les 9 étapes de la prière », publié le 17 janvier 2019.
Le texte original rapporte l'enseignement attribué au Père Ilie Cleopa et s'appuie notamment sur les Psaumes, les épîtres de saint Paul et la tradition hésychaste de la prière du cœur. Cette réécriture conserve volontairement l'ordre des neuf degrés et les principales images employées par le Père Cleopa, tout en reformulant les passages longs afin de respecter les limites de reproduction du texte source.

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