Pourquoi avons-nous besoin des tremblements de terre ?
Les tremblements de terre font partie des phénomènes naturels qui nous confrontent le plus directement au problème de la souffrance.
Lorsqu’un séisme détruit des maisons, bouleverse des familles et provoque des victimes, une question surgit naturellement :
Pourquoi Dieu permet-Il cela ?
Cette question est ancienne. Elle appartient à ce que les philosophes et les théologiens appellent le problème du mal : comment concilier l’existence de la souffrance avec la bonté et la toute-puissance de Dieu ?
Mais une réflexion proposée par Dinesh D’Souza invite à regarder la question sous un autre angle.
Une planète qui n'est pas sans risques
Les tremblements de terre sont liés à la tectonique des plaques, c’est-à-dire aux mouvements des grandes plaques qui constituent la surface de notre planète.
Or ces mouvements géologiques ne produisent pas seulement des séismes et des tsunamis.
Ils participent également à la formation des continents et des grandes chaînes de montagnes et jouent un rôle important dans les cycles géologiques et climatiques de la Terre.
Autrement dit, la Terre que nous connaissons est le résultat d’un ensemble extrêmement complexe de phénomènes naturels.
Ce qui peut parfois devenir une source de catastrophe fait aussi partie des mécanismes qui ont contribué à rendre notre planète habitable.
Le paradoxe de la création
C’est ici que se trouve le paradoxe.
Nous voudrions naturellement un monde où existent la beauté, la vie, la sécurité et la stabilité, mais sans les phénomènes naturels susceptibles de provoquer souffrance et destruction.
Pourtant, la nature ne fonctionne pas comme un mécanisme conçu uniquement autour de nos besoins immédiats.
Le même monde qui permet l’existence des montagnes, des océans, du climat et de la vie possède aussi des forces capables de nous dépasser.
Cela ne signifie évidemment pas que les victimes d’un tremblement de terre devraient considérer leur souffrance comme une « bonne chose ».
La souffrance reste une souffrance.
La compassion chrétienne nous commande au contraire de nous tenir auprès de ceux qui souffrent.
Mais cela peut nous empêcher de tirer trop rapidement la conclusion que l’existence d’un phénomène naturel dangereux serait en elle-même une preuve de l’absence de Dieu.
Nous ne vivons pas dans un monde sans contraintes
La science nous montre que la vie humaine dépend d’un très grand nombre de conditions : la présence d’eau, une atmosphère adaptée, une température compatible avec la vie, une source d’énergie et de nombreuses autres caractéristiques de notre planète.
La tectonique des plaques fait partie de cette histoire complexe de la Terre.
Il serait donc simpliste de demander pourquoi Dieu n’aurait pas simplement créé une planète identique à la nôtre, mais débarrassée de tous les phénomènes dangereux.
Nous ne savons pas à quoi ressemblerait un tel monde, ni même s’il pourrait permettre l’existence d’une vie humaine semblable à la nôtre.
La réflexion de D’Souza ne résout donc pas entièrement le problème de la souffrance. Elle nous rappelle simplement que nous ne pouvons pas toujours juger l’ensemble de la création à partir d’un seul de ses aspects.
La souffrance demeure un mystère
Pour la foi chrétienne, cette réflexion ne constitue pas une explication complète du mal.
Le christianisme ne demande pas au chrétien de prétendre que chaque catastrophe est facilement explicable.
Face à un tremblement de terre, il y a d’abord les larmes, la solidarité et la prière.
Le Christ Lui-même a pleuré devant la mort de Lazare.
La foi ne supprime donc pas notre douleur devant la souffrance.
Elle nous apprend plutôt à la traverser avec l’espérance que la création tout entière n’est pas abandonnée à elle-même.
Saint Paul écrit :
« Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »
Cela ne signifie pas que toutes les choses qui nous arrivent sont bonnes en elles-mêmes. Cela signifie que Dieu peut conduire même au travers de l’épreuve vers un bien que nous ne sommes pas toujours capables de comprendre immédiatement.
Regarder la création avec humilité
Les tremblements de terre nous rappellent finalement quelque chose de très simple : nous ne sommes pas maîtres de la création.
Nous en dépendons.
Nous pouvons étudier les phénomènes naturels, construire des bâtiments plus résistants, prévoir certains risques et protéger les populations. Mais nous demeurons des créatures au sein d’un monde dont nous ne maîtrisons pas toutes les lois.
Pour le chrétien, cette constatation peut devenir une invitation à l’humilité.
Nous ne comprenons pas tout.
Nous ne savons pas pourquoi chaque événement se produit.
Mais nous pouvons continuer à croire que le Créateur n’est pas indifférent à Sa création et que, même au milieu des bouleversements du monde, la miséricorde de Dieu demeure présente.
Source et travail de réécriture
Article original : « Pourquoi nous avons besoin de tremblements de terre », publié sur Mystique Orthodoxe le 21 octobre 2017.
Source de l'article original : John Sanidopoulos, Mystagogy, qui reprenait l'article « Why We Need Earthquakes » de Dinesh D’Souza, publié dans Christianity Today le 28 avril 2009.
Lire l’article original de Dinesh D’Souza dans Christianity Today
Travail de réécriture : l'article a été entièrement reformulé et restructuré pour Mystique Orthodoxe. Le texte original a été condensé afin d'en conserver l'idée principale tout en donnant davantage de place à la dimension spirituelle.
La présentation a également été nuancée : il ne s'agit pas d'affirmer que les tremblements de terre seraient « nécessaires » au sens absolu, ni que les catastrophes seraient envoyées par Dieu comme une punition ou pour notre bien. Il s'agit plutôt de montrer le paradoxe d'une planète dont certains mécanismes géologiques peuvent être indispensables aux conditions de la vie tout en pouvant également provoquer des catastrophes.
La réflexion sur la tectonique des plaques et l'habitabilité de la Terre est ici utilisée comme piste philosophique face au problème de la souffrance, et non comme une démonstration scientifique de l'existence de Dieu.

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