En juillet 1903, Nicolas II et Alexandra se rendent à Sarov pour la glorification de saint Séraphim. Le tsar avait personnellement soutenu cette canonisation. Les récits orthodoxes rapportent que de nombreux malades furent guéris pendant les célébrations et que l'atmosphère spirituelle fut extraordinaire.
Un récit particulièrement intéressant raconte également qu'un ingénieur qui avait participé à la construction de la route permettant au couple impérial d'arriver à Sarov tomba gravement malade. Après avoir vénéré une relique de saint Séraphim, il aurait retrouvé la santé.
L’année 1903 est un moment particulièrement important pour comprendre le lien entre l’empereur Nicolas II, la famille impériale et saint Séraphim de Sarov. C’est aussi une histoire où se mêlent des faits historiques parfaitement documentés et des traditions prophétiques orthodoxes qu’il faut distinguer soigneusement.
1. Pourquoi Nicolas II s'intéressait-il à saint Séraphim ?
Saint Séraphim de Sarov était mort en 1833, mais sa réputation de starets et de thaumaturge s'était considérablement développée en Russie. De nombreux fidèles attribuaient à ses prières des guérisons et des interventions miraculeuses.
À partir des années 1890, l'archimandrite Séraphim (Léonid) Tchitchagov rassembla des récits sur sa vie et les présenta à Nicolas II. La Chronique du monastère de Diveïevo contribua fortement à faire connaître le saint à l'empereur.
Nicolas II manifesta alors un intérêt personnel pour la glorification de Séraphim.
Le 26 janvier 1903, lorsqu'il reçut le rapport du Saint-Synode concernant la canonisation, l'empereur écrivit de sa propre main :
« J'ai lu avec un sentiment de véritable joie et de profonde émotion. »
Le texte officiel du Synode indique ensuite que la canonisation fut décidée le 29 janvier 1903.
2. Le grand événement de juillet 1903
Le moment extraordinaire survient quelques mois plus tard.
Du 16 au 20 juillet 1903 selon l'ancien calendrier, des milliers de pèlerins convergèrent vers Sarov. Nicolas II, l'impératrice Alexandra Féodorovna, l'impératrice douairière Maria Féodorovna et plusieurs membres de la famille impériale étaient présents.
Le 19 juillet 1903 (1er août selon le calendrier actuel) eut lieu la glorification solennelle de Séraphim de Sarov.
Il s'agissait d'un événement immense : le peuple russe venait rendre hommage à celui qu'il appelait affectueusement « Batioushka Séraphim », le « petit père Séraphim ».
Nicolas II et Alexandra avaient notamment fait préparer un nouveau cercueil en cyprès destiné aux reliques.
3. Nicolas II et la canonisation : une dimension spirituelle
C'est ici que l'histoire devient particulièrement intéressante.
Dans la conception orthodoxe de l'époque, la glorification de Séraphim fut présentée comme un signe de la miséricorde de Dieu envers la Russie et comme une bénédiction pour le règne de Nicolas II.
Le texte officiel du Synode lui-même emploie cette idée : la glorification du saint est présentée comme un « nouveau et grand signe » des bienfaits divins envers le peuple orthodoxe russe.
Cela explique pourquoi, dans la mémoire orthodoxe russe, 1903 est souvent considéré comme une sorte de sommet spirituel du règne de Nicolas II.
Et le contraste avec ce qui allait suivre est saisissant : 1903 → 1914 → 1917 → 1918.
4. Et surtout : la rencontre avec Diveïevo
Après Sarov, la famille impériale se rendit également à Diveïevo, le monastère féminin intimement associé à saint Séraphim.
C'est là que commencent les récits les plus mystérieux.
Selon la tradition de Diveïevo, Nicolas II aurait rencontré la bienheureuse Pacha de Sarov (Paraskeva Ivanovna).
La tradition rapporte qu'elle aurait parlé à l'empereur de l'avenir de la Russie et notamment de la naissance d'un héritier.
Le monastère de Diveïevo rapporte également la tradition selon laquelle la famille impériale aurait reçu en 1903 une prophétie concernant l'héritier et la chute future de la monarchie, ainsi qu'un écrit attribué à saint Séraphim.
Mais ici il faut faire une distinction importante : ces récits appartiennent surtout à la tradition hagiographique et monastique ultérieure. Ils ne sont pas documentés avec le même degré de certitude que la présence de Nicolas II à Sarov et la décision officielle de canoniser Séraphim.
5. La mystérieuse prophétie attribuée à Séraphim
C'est probablement l'aspect qui va particulièrement t'intéresser.
Une tradition très répandue affirme que Séraphim aurait annoncé à l'avance :
- une période de grandes épreuves pour la Russie ;
- des bouleversements politiques ;
- une guerre ;
- la chute du pouvoir impérial ;
- mais aussi une future renaissance spirituelle de la Russie.
Certaines versions racontent même que Séraphim aurait laissé une lettre destinée au futur tsar, conservée pendant des décennies avant d'être remise à Nicolas II.
Cette histoire est associée à Diveïevo et à Motovilov.
Cependant, les historiens soulignent que les différentes prophéties attribuées à Séraphim ont été transmises et éditées à différentes époques, et qu'il est donc difficile de déterminer précisément ce qui vient du saint lui-même et ce qui relève de traditions développées après sa mort. Une étude universitaire de Cambridge souligne notamment l'importance de distinguer la canonisation de 1903 des traditions prophétiques qui lui ont été associées ultérieurement.

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