Voici un récit particulièrement intéressant, car il s’appuie sur une tradition bien documentée dans l’Église orthodoxe russe hors frontières : l’icône d’Iviron de Montréal, célèbre pour avoir été décrite comme exsudant du myrrhon.
L’icône d’Iviron de Montréal : l’icône qui exsudait du myrrhon
En 1981, un moine grec du Mont Athos peignit une copie de la célèbre icône d’Iviron de la Mère de Dieu, appelée Portaitissa. L’icône fut ensuite apportée à Montréal, au Canada, en 1982 par José Muñoz, un converti à l’orthodoxie qui en devint le gardien.
Puis survint un événement extraordinaire.
Dans la nuit du 24 novembre 1982, vers trois heures du matin, José Muñoz fut réveillé par un parfum puissant et inhabituel. Pensant d’abord qu’il pouvait provenir d'un flacon de parfum ou de reliques, il se rendit auprès de l’icône.
Selon son témoignage, il découvrit alors l'image entièrement couverte d'une huile parfumée, appelée dans la tradition orthodoxe myrrhon. Le liquide aurait notamment coulé depuis les mains de la Mère de Dieu et de l'Enfant Jésus, ainsi que depuis l'étoile représentée sur son épaule.
L'icône fut rapidement transportée dans une église afin que les fidèles puissent venir prier devant elle.
Un phénomène qui aurait continué
Selon le récit conservé par l'Église russe hors frontières, l'icône aurait ensuite continué à exsuder du myrrhon pendant de nombreuses années, avec une exception particulière : la Semaine sainte. Le phénomène attira de nombreux fidèles qui venaient prier, vénérer l'icône et recevoir une bénédiction avec le myrrhon.
L'histoire de cette icône est devenue l'un des récits modernes les plus connus concernant les icônes dites myroblites — c'est-à-dire des icônes auxquelles est attribuée l'apparition de myrrhon.
Mais que signifie le myrrhon ?
Dans la tradition orthodoxe, le myrrhon est généralement décrit comme une substance huileuse et parfumée. Lorsqu'un tel phénomène est associé à une icône, les fidèles peuvent y voir un signe de la grâce divine.
Mais il est essentiel de comprendre que l'icône elle-même n'est pas adorée. La vénération se rapporte à la personne représentée — ici la Mère de Dieu — et, à travers elle, à Dieu.
C'est pourquoi le phénomène n'est pas censé devenir une curiosité ou un spectacle.
Le véritable message
Pour le croyant orthodoxe, la question essentielle n'est donc pas seulement :
« Comment cette huile est-elle apparue ? »
mais plutôt :
« À quoi ce signe m'appelle-t-il ? »
À la prière ?
Au repentir ?
À la confiance en Dieu ?
À la compassion envers les autres ?
C'est d'ailleurs un principe important du discernement orthodoxe : un phénomène extraordinaire ne constitue pas à lui seul la preuve d'un miracle. L'Église et les fidèles sont appelés à examiner les circonstances avec prudence.
Un autre témoignage très intéressant
Un autre cas, beaucoup plus récent, concerne l'icône de sainte Anne et de la Mère de Dieu conservée au monastère Saint-Tikhon en Pennsylvanie. Selon l'Orthodox Church in America, cette icône aurait commencé à exsuder du myrrhon le 9 mai 2004, avec des gouttes et des écoulements visibles sur plusieurs parties de l'image. Elle est aujourd'hui vénérée au monastère et fait l'objet de célébrations et de prières.
Il existe également des récits plus anciens : l'Orthodox Church in America rapporte par exemple qu'après le martyre de sainte Eupraxie de Pskov en 1243, du myrrhon aurait émané d'une icône du Sauveur seulement dix jours après sa mort. L'icône fut alors appelée « le Sauveur qui exsude du myrrhon ».
En résumé
L'histoire de l'icône d'Iviron de Montréal est donc particulièrement belle : une icône peinte au Mont Athos, un parfum mystérieux au milieu de la nuit, l'apparition de myrrhon, des années de vénération et des milliers de fidèles venus prier.
Mais le cœur de ce récit orthodoxe reste beaucoup plus simple : le signe extraordinaire n'est pas une fin en soi ; il est censé conduire le croyant vers la prière, la foi et le Christ.

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