samedi 19 décembre 2015

La mystérieuse église souterraine de Rihab : aux origines du christianisme en Jordanie



Dans le nord de la Jordanie, non loin de la frontière syrienne, se trouve le village de Rihab, un lieu particulièrement riche en vestiges chrétiens anciens.

En 2008, une découverte archéologique attira l'attention du monde entier : sous l'ancienne église Saint-Georges, les archéologues mirent au jour une mystérieuse structure souterraine que certains présentèrent comme l'une des plus anciennes églises chrétiennes jamais découvertes.

Selon l'équipe archéologique jordanienne, cette petite chapelle pourrait remonter aux premières décennies du christianisme, entre 33 et 70 après Jésus-Christ. Une hypothèse extraordinaire qui, si elle était confirmée, ferait de ce lieu un témoignage exceptionnel des premières communautés chrétiennes.

Mais que sait-on réellement de cette mystérieuse église ?

Une chapelle cachée sous la terre

La découverte se trouve sous l'église Saint-Georges de Rihab.

On accède à la structure souterraine par des marches. La pièce mesure environ 12 mètres de long sur 7 mètres de large et comporte plusieurs éléments qui ont été interprétés comme pouvant correspondre à un espace de culte.

Les archéologues ont notamment observé une partie semi-circulaire qui pourrait évoquer une abside, ainsi que des sièges en pierre. Un passage souterrain conduirait également vers une citerne, qui aurait pu fournir de l'eau aux occupants.

Des fragments de poterie, des lampes, des pièces et des objets portant des symboles chrétiens ont également été signalés lors des recherches.

L'ensemble donne l'image d'un lieu relativement simple, qui aurait pu servir à la fois de refuge, d'habitation et de lieu de prière.

Les « soixante-dix bien-aimés de Dieu »

L'élément le plus fascinant de cette découverte concerne une inscription en mosaïque retrouvée dans l'église située au-dessus de la cavité.

Elle fait référence aux « soixante-dix bien-aimés de Dieu ».

L'archéologue jordanien Abdul Qader al-Husan a proposé de mettre cette inscription en relation avec les soixante-dix disciples du Christ, mentionnés dans l'Évangile de Luc.

Selon son interprétation, certains de ces premiers chrétiens auraient fui les persécutions de Jérusalem et auraient trouvé refuge dans la région de Rihab.

Ils auraient alors vécu et prié discrètement dans cette structure souterraine.

Cette interprétation a naturellement suscité beaucoup d'intérêt, car elle ferait de Rihab un lieu directement lié aux premières générations de chrétiens.

Une hypothèse extraordinaire… mais controversée

Il est important de le préciser : la datation au Ier siècle n'est pas considérée comme établie par l'ensemble de la communauté scientifique.

Lors de l'annonce de 2008, plusieurs spécialistes avaient immédiatement appelé à la prudence. Les éléments découverts ne permettaient pas, selon eux, de démontrer de manière suffisamment certaine que la cavité avait été utilisée comme église chrétienne dès les années 33 à 70.

Des recherches archéologiques ultérieures ont également remis en question certaines interprétations du site. Une étude consacrée à Rihab souligne notamment qu'aucun élément spécifique de la grotte ne permet de démontrer une utilisation chrétienne au Ier siècle. Elle estime également que la structure supérieure, l'église Saint-Georges, serait beaucoup plus tardive que la date de 230 généralement avancée lors de la découverte.

Le Département des Antiquités de Jordanie situe quant à lui la dédicace de l'oratoire Saint-Georges à 529 après Jésus-Christ, ce qui confirme que l'histoire archéologique du monument est plus complexe que ne le laissaient penser les premières annonces.

Il faut donc parler d'une hypothèse fascinante, et non d'une certitude concernant « la première église du monde ».

Rihab, une terre profondément chrétienne

Même si la datation de la grotte demeure discutée, l'importance chrétienne de Rihab ne fait aucun doute.

La région possède de nombreux vestiges d'églises anciennes et témoigne de la présence durable des communautés chrétiennes dans le nord de la Jordanie durant l'Antiquité tardive.

L'église Saint-Georges elle-même appartient à cet important patrimoine chrétien de la région. Son inscription en mosaïque et son architecture témoignent de la vitalité des communautés chrétiennes qui vivaient autrefois dans cette partie du monde.

Un lieu qui nous rapproche des premiers chrétiens

Ce qui rend Rihab particulièrement émouvant pour les croyants n'est peut-être pas uniquement la question de savoir si cette grotte date exactement du Ier siècle.

C'est surtout l'idée de retrouver, sous les pierres et la terre, les traces d'hommes et de femmes qui ont vécu les premiers siècles du christianisme.

À cette époque, les chrétiens ne disposaient pas encore des grandes basiliques qui allaient apparaître quelques siècles plus tard. La prière pouvait se vivre dans des maisons, des lieux discrets ou des espaces souterrains.

Le christianisme des premiers siècles était une foi vécue dans la simplicité, la prière et parfois dans la peur des persécutions.

Descendre dans une petite chapelle souterraine comme celle de Rihab permet ainsi d'imaginer ces premières communautés réunies autour de leur foi, dans un monde où le christianisme était encore une religion minoritaire.

Entre archéologie et mémoire chrétienne

La découverte de Rihab nous rappelle aussi une chose essentielle : l'archéologie et la tradition religieuse ne répondent pas toujours aux mêmes questions.

L'archéologue cherche des preuves matérielles permettant de dater et d'interpréter un site.

La tradition chrétienne, quant à elle, conserve la mémoire des communautés, des saints, des disciples et des lieux associés à la naissance de la foi.

Dans le cas de Rihab, la prudence historique est donc nécessaire. Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer avec certitude que les soixante-dix disciples du Christ ont vécu dans cette grotte au Ier siècle.

Mais la découverte demeure passionnante : elle nous ouvre une fenêtre sur l'ancien christianisme de Jordanie et sur la présence très ancienne de communautés chrétiennes dans cette région.

Une mémoire enfouie sous la pierre

Sous l'église Saint-Georges de Rihab se trouve donc un lieu dont l'histoire reste en partie mystérieuse.

Peut-être fut-il un lieu de prière très ancien. Peut-être fut-il utilisé par une communauté chrétienne à une époque aujourd'hui difficile à déterminer. Les recherches archéologiques continuent de nous aider à comprendre son histoire.

Quoi qu'il en soit, Rihab demeure un témoignage précieux du christianisme ancien en Jordanie.

Dans le silence de cette terre, entre les vestiges des anciennes églises et les pierres usées par les siècles, demeure une image profondément évocatrice : celle des premiers chrétiens qui, bien avant les grandes basiliques et les monastères, se réunissaient simplement pour prier et garder vivante leur foi.

Une mémoire chrétienne enfouie dans la terre, mais qui continue encore aujourd'hui à susciter la curiosité, la prière et l'émerveillement.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire