Pourquoi le juste doit-il souffrir et endurer l’injustice ?
« Si Dieu est juste, pourquoi permet-il que le juste souffre ? »
C’est une question aussi ancienne que l’humanité.
Nous regardons parfois autour de nous et nous constatons une chose qui semble profondément incompréhensible : des hommes mauvais paraissent réussir, tandis que des personnes honnêtes, généreuses et croyantes connaissent l’épreuve, la maladie, la pauvreté, la solitude ou l’injustice.
Pourquoi le juste doit-il souffrir ?
Pourquoi celui qui cherche à vivre selon Dieu n’est-il pas toujours épargné ?
La réponse chrétienne ne supprime pas le mystère. Mais elle nous conduit vers la Croix du Christ.
Tout homme est appelé à porter sa croix
Le Christ n’a jamais promis à ses disciples une existence sans souffrance.
Au contraire, Il nous dit :
« Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. »
(Matthieu 16,24)
La croix n’est donc pas une anomalie dans la vie chrétienne. Elle appartient au chemin qui conduit vers le Christ.
Chaque homme reçoit cependant une croix différente.
Certains porteront une maladie. D’autres connaîtront l’injustice, l’abandon, la solitude, la pauvreté, les persécutions ou les humiliations. D’autres encore devront supporter de longues années d’épreuves intérieures que personne ne voit.
Nous ne pouvons pas comparer les croix. Ce qui paraît léger à l’un peut être presque insupportable pour l’autre.
Dieu connaît les limites de chacun. Et dans l’épreuve, Il ne nous abandonne pas. Saint Paul affirme que l’Esprit lui-même vient au secours de notre faiblesse.
Mais pourquoi l’injustice ?
La souffrance du juste est particulièrement difficile à comprendre lorsqu’elle vient de l’injustice.
Il est déjà douloureux de souffrir à cause d’une maladie ou d'une épreuve de la vie. Mais souffrir parce qu’un autre nous a fait du mal semble encore plus incompréhensible.
Pourquoi Dieu permet-Il qu’un innocent soit humilié par un coupable ? Pourquoi permet-Il que celui qui agit honnêtement soit parfois écrasé par celui qui agit mal ?
Nous ne possédons pas toujours la réponse.
Et l'Église ne nous demande pas d'inventer une explication à chaque souffrance. Certaines choses demeurent un mystère que nous ne pouvons pénétrer avec notre intelligence humaine.
Mais nous savons une chose essentielle : Dieu n'est pas indifférent à notre souffrance.
Car Dieu Lui-même est venu dans notre monde et a accepté de souffrir. Le Christ innocent a été rejeté, humilié, frappé, condamné injustement et crucifié.
Le Juste par excellence a subi l'injustice des hommes.
Ainsi, lorsque nous souffrons injustement, nous ne sommes pas seuls : nous marchons sur le chemin même que le Christ a parcouru avant nous.
Le juste peut sanctifier le monde par sa souffrance
C'est ici que se trouve peut-être l'un des mystères les plus profonds de la souffrance chrétienne. Le chrétien qui souffre dans la foi peut offrir sa souffrance à Dieu.
Cela ne signifie pas que la souffrance serait bonne en elle-même. La maladie, l'injustice, la violence et la mort ne sont pas des biens que nous devons rechercher.
Mais Dieu peut transformer ce qui était une épreuve en chemin de sanctification.
Saint Paul va jusqu'à parler de ses souffrances pour l'Église et écrit :
« Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous. »
(Colossiens 1,24)
Le chrétien qui souffre et qui se tourne vers Dieu peut ainsi devenir, mystérieusement, une bénédiction pour les autres.
Une mère qui prie dans l'épreuve. Un malade qui continue à remercier Dieu. Un vieillard abandonné qui prie pour ses enfants.
Un homme injustement traité qui refuse de répondre à la haine par la haine. Une personne persécutée qui continue malgré tout à aimer.
Toutes ces souffrances peuvent devenir une offrande. Le monde ne les voit peut-être pas.
Mais Dieu les voit.
La souffrance peut nous rapprocher de Dieu
Nous aimerions souvent que Dieu retire immédiatement nos épreuves, et nous pouvons bien sûr Lui demander de nous délivrer.
Mais il arrive que l'épreuve nous conduise là où nous ne serions jamais allés autrement. Lorsque tout nous réussit, nous pouvons facilement croire que nous sommes autonomes.
Nous travaillons, nous construisons, nous organisons notre vie et nous pensons pouvoir tout contrôler.
Puis survient une épreuve, et soudain nous découvrons notre fragilité. Nous comprenons que nous avons besoin de Dieu.
Alors la prière devient différente, elle n'est plus seulement une habitude et elle devient un cri.
« Seigneur, aide-moi. »
« Seigneur, ne m'abandonne pas. »
« Seigneur, donne-moi la force de supporter cette journée. »
Et parfois, c'est précisément dans cette prière pauvre et douloureuse que commence une véritable rencontre avec Dieu.
L'Église enseigne ainsi que Dieu peut utiliser même les souffrances et les faiblesses de notre existence pour nous conduire vers le salut.
Le Christ ne nous demande pas de souffrir seuls
Il faut cependant faire attention à une erreur.
Porter sa croix ne signifie pas accepter passivement toutes les injustices sans jamais chercher à les combattre.
Le chrétien peut demander justice. Il peut se défendre.
Il peut protéger les faibles. Il peut dénoncer le mal.
Il peut demander de l'aide.
Et lorsqu'il est possible de mettre fin à une injustice, il n'est pas nécessaire de la laisser continuer sous prétexte de « porter sa croix ».
La croix chrétienne n'est pas la glorification de la souffrance, mais la transformation de la souffrance par l'amour du Christ.
Jésus Lui-même, sur la Croix, n'a pas répondu à la haine par la haine. Il a transformé la violence reçue en offrande d'amour et de pardon.
C'est pourquoi le chrétien peut souffrir sans devenir lui-même injuste. Il peut être blessé sans devenir cruel, humilié sans humilier à son tour.
Il peut subir le mal sans laisser le mal entrer dans son cœur.
« Sanctifier le monde »
Il existe alors une dimension mystérieuse de la souffrance du juste : elle peut devenir une prière silencieuse pour le monde.
Saint Isaac le Syrien et de nombreux saints ont témoigné de cette compassion profonde pour toute la création.
Plus l'homme s'approche de Dieu, plus son cœur peut devenir sensible à la souffrance des autres.
Il ne souffre plus seulement pour lui-même. Il souffre avec les autres.
Il prie pour ceux qui souffrent. Il prie même pour ceux qui lui ont fait du mal.
Et cette prière devient une participation, humble et limitée, à l'amour du Christ pour le monde.
C'est peut-être cela, en partie, « sanctifier le monde » : devenir, au milieu d'un monde blessé, une présence qui prie, qui pardonne, qui aime et qui refuse de transmettre le mal reçu.
Une souffrance qui n'aura pas le dernier mot
La foi chrétienne ne s'arrête jamais au Vendredi saint.
Elle regarde vers Pâques. La Croix n'est pas la fin.
La Résurrection est la réponse de Dieu à la souffrance, au péché et à la mort.
C'est pourquoi saint Paul peut écrire :
« Les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée en nous. »
(Romains 8,18)
Et encore :
« Cette légère tribulation d'un moment produit pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. »
(2 Corinthiens 4,17)
Nous ne savons pas exactement comment Dieu rendra à chacun ce qu'il aura supporté avec foi.
Mais nous croyons que rien de ce qui est vécu dans l'amour de Dieu n'est perdu.
Aucune larme. Aucune prière. Aucune nuit passée dans l'angoisse.
Aucune injustice supportée sans haine. Aucun acte d'amour accompli dans le secret.
Tout cela est connu de Dieu.
Et dans le Royaume, nous découvrirons peut-être que certaines de nos plus grandes souffrances auront été mystérieusement transformées en gloire.
Porter sa croix jusqu'au bout
Alors, pourquoi le juste souffre-t-il ?
Nous ne pouvons pas répondre à toutes les souffrances par une explication précise, mais nous pouvons répondre par une Personne : Jésus-Christ.
Le Christ n'est pas resté éloigné de notre douleur, car Il est descendu dans notre condition humaine.
Il a connu la fatigue, les larmes, le rejet, l'injustice, l'abandon et finalement la mort, et a porté la Croix avant nous.
Et lorsqu'un chrétien porte à son tour sa petite croix, il ne la porte donc jamais seul. Il la porte avec le Christ.
Peut-être que notre croix est lourde aujourd'hui.
Peut-être même avons-nous l'impression de ne plus pouvoir avancer.
Alors il ne faut pas regarder toute la montagne d'un seul coup. Il faut simplement demander au Seigneur la force de faire un pas de plus.
Puis un autre. Et encore un autre.
Jusqu'au jour où, ayant terminé notre pèlerinage terrestre, nous comprendrons enfin pourquoi Dieu nous demandait de persévérer.
Car ce que nous appelons aujourd'hui une souffrance, Dieu peut le transformer demain en lumière.
Et alors nous comprendrons peut-être que la croix que nous pensions être uniquement un poids était aussi, mystérieusement, le chemin par lequel le Christ nous conduisait vers Lui.
Seigneur Jésus-Christ, donne-nous la force de porter notre croix, la patience dans l'épreuve, la douceur dans l'injustice et la foi lorsque nous ne comprenons plus. Fais de nos souffrances une prière, de nos larmes une offrande et de toute notre vie un chemin vers Ton Royaume. Amen.
Pour conclure, le juste ne souffre pas parce que Dieu serait cruel ou parce qu'Il prend plaisir à nos épreuves, mais parce que nous vivons dans un monde blessé où la liberté humaine, la corruption et la mort existent encore ; et le Christ transforme ce que nous subissons en possibilité de communion avec Lui, de sanctification et finalement de gloire. C'est vraiment la logique de la Croix et de la Résurrection.
Sources bibliques et orthodoxes
Cet article s'appuie notamment sur Matthieu 16,24, Romains 8,18-27, 2 Corinthiens 4,16-18 et Colossiens 1,24

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