Le danger de l’athéisme : lorsque l’incroyance devient une vision du monde
L’athéisme n’est pas un phénomène nouveau. Depuis l’Antiquité, certains hommes ont vécu sans croire en Dieu ou ont remis en question l’existence du divin.
Mais le théologien orthodoxe David Bentley Hart invite à distinguer l’incroyance personnelle d’une forme plus large d’athéisme qui, dans le monde occidental moderne, peut devenir une véritable conception philosophique et culturelle de l’existence.
C’est cette évolution qu’il nous invite à examiner.
L’athéisme : une simple absence de foi ?
Ne pas croire en Dieu peut d’abord être une position personnelle. Une personne peut se déclarer athée sans pour autant vouloir imposer cette conviction aux autres, ni construire autour d’elle une vision particulière de la société.
Mais David Bentley Hart souligne qu’une partie de l’athéisme occidental moderne s’est développée d’une manière différente.
Selon lui, il ne s’agit plus seulement d’une absence de croyance religieuse, mais parfois d'un projet intellectuel, philosophique et culturel, accompagné d'une certaine conception de l'homme et de ses valeurs.
Cette distinction est importante.
Il ne faut donc pas confondre toute personne athée avec une idéologie particulière. La question posée par Hart concerne surtout ce qui se produit lorsque l'absence de croyance en Dieu devient elle-même le fondement d'une conception globale du monde.
Que devient l’homme lorsque Dieu disparaît de son horizon ?
Pour la foi chrétienne, Dieu n’est pas simplement une explication supplémentaire de l’univers.
Il est le Créateur, la source de l’existence et le fondement ultime du bien, du vrai et du beau.
La disparition de Dieu de l’horizon de la pensée entraîne donc nécessairement une autre question :
Sur quoi fonder notre conception de l’homme et du bien ?
Si l’homme ne reçoit plus sa dignité d’une réalité qui le dépasse, où trouver le fondement de cette dignité ?
Si aucune vérité transcendante n’existe, comment déterminer ce qui est véritablement bon ou mauvais ?
Ces questions ne constituent pas une preuve scientifique de l’existence de Dieu. Elles appartiennent au domaine philosophique et spirituel. Elles montrent cependant que la question de Dieu ne concerne pas uniquement la religion : elle touche également à notre compréhension de l’être humain.
Une nouvelle conception des valeurs
David Bentley Hart observe que l’athéisme moderne peut, dans certaines de ses expressions, devenir une véritable métaphysique : une manière d’expliquer la réalité, l’homme, la morale et la société sans référence à Dieu.
Dans cette perspective, les valeurs humaines doivent être fondées autrement.
La liberté, la justice, la dignité, la fraternité ou encore la notion de bien peuvent continuer à être défendues, mais leur fondement devient alors l’objet d’une réflexion philosophique.
Pour le christianisme orthodoxe, la dignité de l’homme possède au contraire une racine profonde : l’homme est créé à l’image de Dieu.
C’est pourquoi la personne humaine ne peut jamais être réduite à son utilité, à ses capacités, à sa richesse, à son intelligence ou à son appartenance sociale.
Le risque d’une société sans transcendance
La critique de Hart ne signifie pas que toute société sécularisée serait nécessairement mauvaise, ni que tout athée rejetterait la morale.
Une telle généralisation serait injuste et ne correspondrait pas à la complexité de la réalité.
La question qu’il soulève est plus profonde :
Que se passe-t-il lorsque toute référence à une vérité transcendante est progressivement écartée de la culture ?
Une société peut-elle continuer indéfiniment à conserver les valeurs héritées du christianisme sans conserver également la vision de l’homme qui leur a donné leur profondeur ?
C’est là l’une des interrogations centrales de la réflexion de David Bentley Hart.
Le regard chrétien sur l’homme
Pour le chrétien, l’homme ne se suffit pas à lui-même.
Il est une créature appelée à entrer en communion avec son Créateur.
La liberté humaine n’est donc pas simplement la possibilité de faire tout ce que nous désirons. Elle est aussi la capacité de nous tourner librement vers le Bien.
La tradition orthodoxe nous rappelle ainsi que la véritable liberté ne consiste pas à nous libérer de toute limite, mais à nous libérer progressivement de ce qui nous éloigne de Dieu : les passions, l’égoïsme, l’orgueil et l’amour excessif de soi.
Sans cette dimension spirituelle, la liberté risque elle-même de devenir ambiguë : liberté pour quoi ? liberté vers quelle finalité ?
Une invitation à ne pas oublier Dieu
Le véritable danger dénoncé par cette réflexion n'est donc pas simplement qu'un homme dise : « Je ne crois pas en Dieu. »
Le problème est plus vaste lorsque l’homme en vient à considérer que le monde matériel constitue toute la réalité, que l’homme est entièrement autonome et qu’il n’existe aucune vérité supérieure à laquelle il puisse se référer.
Pour la foi orthodoxe, une telle vision laisse l’homme enfermé dans les limites du monde visible.
L’Évangile lui propose au contraire une autre perspective : l’homme est appelé à dépasser son propre enfermement et à découvrir qu’il reçoit son existence de Dieu.
Retrouver le sens de la transcendance
L’Église ne répond pas à l’athéisme uniquement par des arguments.
Elle témoigne avant tout d’une réalité vécue : celle de la rencontre avec Dieu.
La prière, les sacrements, la liturgie, la vie ascétique et la charité sont autant de chemins par lesquels le chrétien découvre que Dieu n’est pas une simple idée philosophique.
La foi chrétienne affirme que Dieu est vivant, qu’Il appelle chaque personne à entrer en communion avec Lui et qu’en Jésus-Christ, cette communion nous est offerte.
Ainsi, face à un monde qui peut parfois vouloir enfermer l’homme dans la seule réalité matérielle, le chrétien est appelé non pas à mépriser ceux qui ne croient pas, mais à témoigner avec amour de l’espérance qu’il a reçue.
Car le véritable enjeu de la foi n’est pas simplement de savoir si Dieu existe.
Il est aussi de découvrir que, si Dieu existe, notre vie entière prend une autre dimension et un autre sens.
Source et travail de réécriture
Article original :
« Le danger de l’athéisme.. », publié sur Mystique Orthodoxe le 9 octobre 2021. L'article original était très court et reproduisait une réflexion attribuée à David Bentley Hart, théologien orthodoxe.
Voir l’article original sur Mystique Orthodoxe
Source indiquée par Mystique Orthodoxe :
L’article original indiquait comme provenance une publication de la page Facebook du monastère Sainte-Élisabeth.
La réflexion de David Bentley Hart s’inscrit notamment dans son ouvrage The Experience of God: Being, Consciousness, Bliss, où il examine les présupposés philosophiques de l’athéisme moderne et la question de Dieu dans la pensée contemporaine. Le passage anglais correspondant est bien attesté dans cet ouvrage.
Travail de réécriture :
Cet ancien article de Mystique Orthodoxe a été entièrement repris et développé dans le cadre de la modernisation des anciens articles du blog.
Le texte original étant constitué principalement d’une citation, il a été restructuré et enrichi afin d’en faire un article plus clair et plus approfondi. Les thèmes de l’athéisme moderne, de la transcendance, du fondement des valeurs et de la conception chrétienne de l’homme ont été développés à partir de l’idée centrale du texte original.
Les formulations ont également été modernisées afin d’éviter les généralisations et de distinguer clairement l’incroyance personnelle, l’athéisme philosophique et l’athéisme devenu projet culturel ou idéologique.
L’objectif est de conserver la perspective chrétienne et orthodoxe du texte tout en présentant le sujet avec davantage de précision, de nuance et de clarté.