"Ceux qui sont en enfer ne voudraient qu'une chose du Christ : Qu'Il leur donne cinq minutes de vie terrestre pour se repentir. Nous qui vivons sur Terre, nous avons le temps de nous repentir, tandis que les malheureux qui sont partis ne peuvent plus améliorer leur situation, mais attendre notre aide. Par conséquent, nous sommes obligés de les aider dans notre prière. En priant pour les défunts, nous donnons à Dieu le "droit" d'intervenir".
Ancien Père Paisios (1924-1994)
Saint Païssios : pourquoi devons-nous prier pour les défunts ?
La mort demeure l'un des grands mystères de l'existence humaine. Pour le chrétien orthodoxe, elle n'est cependant pas la fin de tout : elle est un passage vers une réalité que nous ne pouvons connaître pleinement dans cette vie.
Saint Païssios l'Athonite, dans ses enseignements sur la vie après la mort, insiste particulièrement sur une responsabilité qui nous concerne tous : prier pour ceux qui nous ont précédés.
Car si nous, les vivants, avons encore la possibilité de nous repentir et de changer notre vie, les défunts ne peuvent plus agir sur eux-mêmes de la même manière. Ils attendent donc, dans le mystère de la miséricorde divine, l'aide que peuvent leur apporter nos prières. Cet enseignement se trouve notamment dans le quatrième tome de ses Paroles, consacré à la vie familiale, dans le chapitre sur la vie après la mort.
« Cinq minutes pour se repentir »
Saint Païssios emploie une image particulièrement forte lorsqu'il parle des âmes qui ont quitté cette vie sans avoir véritablement connu la repentance.
Il rapporte :
« Ceux qui sont en enfer ne voudraient qu'une chose du Christ : qu'Il leur donne cinq minutes de vie terrestre pour se repentir. »
Cette parole ne doit pas être comprise comme une description scientifique de l'au-delà. Elle exprime, dans le langage spirituel du saint, la différence fondamentale entre notre situation présente et celle des défunts.
Nous avons encore du temps.
Tant que nous sommes vivants, nous pouvons demander pardon, changer de vie, nous réconcilier avec quelqu'un, accomplir une bonne œuvre, revenir vers Dieu.
La mort met fin à ce temps de l'action personnelle.
C'est pourquoi saint Païssios ajoute que les vivants disposent d'une possibilité que les défunts n'ont plus : celle de travailler eux-mêmes à leur repentance.
Et c'est précisément là que commence notre responsabilité.
Les défunts attendent notre prière
Saint Païssios enseigne que les défunts ne sont pas indifférents à ce que nous faisons pour eux.
Il compare leur situation à celle de prisonniers que l'on pourrait soulager en leur apportant quelque chose dont ils ont besoin.
De la même manière, explique-t-il, nous pouvons soulager les défunts par nos prières et par les aumônes accomplies pour le repos de leur âme.
C'est pourquoi l'Église orthodoxe fait une place si importante aux offices de commémoration.
Les mnémosyna, les prières pour les défunts, les kollyva et leur commémoration au cours de la Divine Liturgie ne sont pas de simples traditions destinées à entretenir le souvenir des morts.
Ils constituent une véritable prière de l'Église pour ceux qui se sont endormis dans l'espérance de la Résurrection.
Saint Païssios va jusqu'à dire que les commémorations peuvent apporter une aide considérable aux âmes des défunts.
Le chrétien ne prie donc pas seulement pour conserver la mémoire d'une personne.
Il prie pour elle.
N'oublions pas ceux dont personne ne se souvient
Un aspect particulièrement touchant de l'enseignement de saint Païssios concerne les défunts qui n'ont plus personne pour prier pour eux.
Que deviennent ceux dont les noms ne sont plus prononcés ?
Ceux qui n'ont laissé derrière eux ni enfants, ni famille, ni amis pour demander à Dieu de leur faire miséricorde ?
Saint Païssios répond que les prières offertes pour l'ensemble des défunts peuvent également leur être bénéfiques. Il expliquait lui-même qu'il priait pour tous les défunts et accomplissait des commémorations générales à leur intention.
Cette attitude nous enseigne quelque chose de très beau.
Lorsque nous prions pour nos parents, nos grands-parents ou nos proches, nous pouvons également ajouter une prière pour tous ceux qui sont morts sans personne pour les commémorer.
Ainsi, notre prière devient plus large.
Elle ne se limite plus à notre propre famille.
Elle devient une œuvre de charité.
La meilleure prière : changer notre propre vie
Mais saint Païssios va encore plus loin.
Il explique que la meilleure manière d'aider les défunts ne consiste pas uniquement à faire des commémorations.
Elle consiste aussi à transformer notre propre vie.
Lorsque nous luttons contre nos passions, lorsque nous cherchons à vivre dans la repentance, lorsque nous devenons plus humbles, plus charitables et plus proches du Christ, cette transformation spirituelle n'est pas sans conséquence pour ceux qui nous ont précédés.
Saint Païssios enseigne ainsi que les défunts se réjouissent lorsque leurs descendants vivent avec Dieu.
Cette pensée est particulièrement profonde.
Nous imaginons parfois que la mémoire des morts appartient uniquement au passé.
Pourtant, dans la vision chrétienne, il existe une communion qui dépasse la séparation de la mort.
Nous pouvons encore faire quelque chose pour eux.
Nous pouvons prier.
Nous pouvons faire l'aumône.
Nous pouvons demander leur commémoration pendant la Divine Liturgie.
Et surtout, nous pouvons nous convertir nous-mêmes.
La mort n'a pas le dernier mot
La pensée orthodoxe sur les défunts ne doit finalement pas conduire au désespoir.
Elle nous rappelle au contraire l'urgence de la vie présente et l'espérance de la Résurrection.
Nous ne connaissons pas le jugement de Dieu sur une personne et nous ne devons pas prétendre connaître le destin éternel de telle ou telle âme.
Le jugement appartient à Dieu seul.
Mais nous pouvons faire ce que l'Église nous demande depuis les premiers siècles : prier pour les morts avec confiance en la miséricorde divine.
Lorsque nous entrons dans une église et que nous allumons un cierge, lorsque nous donnons un nom au prêtre pour une commémoration, lorsque nous faisons une aumône en mémoire d'un défunt, nous posons un acte d'amour.
Et cet amour ne s'arrête pas devant la tombe.
Saint Païssios nous rappelle ainsi que nous ne devons jamais penser que nos défunts sont oubliés.
Ils sont confiés à Dieu.
Et nous pouvons encore les accompagner par notre prière.
« Nous qui vivons sur terre, nous avons le temps de nous repentir… »
Cette parole du saint devrait également nous interpeller personnellement.
Car prier pour les morts nous rappelle quelque chose d'essentiel :
nous aussi, nous sommes encore en chemin.
Le temps qui nous est donné aujourd'hui est précieux.
Ne remettons donc pas à demain notre repentance, notre pardon, notre prière ou notre réconciliation.
Un jour, nous aussi, nous aurons besoin que quelqu'un se souvienne de nous devant Dieu.
Source et travail de réécriture
Article original : « Elder Paisios : les défunts », publié sur Mystique Orthodoxe le 17 janvier 2021.
Source indiquée par l'article original : un extrait publié sur Nasledie77. Le contenu correspond aux enseignements de saint Païssios l'Athonite sur les défunts et la prière pour les morts.
Source du texte de saint Païssios : Λόγοι Δ΄ – Οικογενειακή ζωή (Paroles, tome IV – Vie de famille), dans la partie consacrée à « La vie après la mort », notamment le chapitre sur les « morts en attente du jugement » et la prière pour les défunts. Cette édition est publiée par le monastère de Souroti, consacré à la mémoire de saint Jean le Théologien.
Travail de réécriture : l'article original a été entièrement restructuré et développé afin de mieux présenter la pensée de saint Païssios. Les passages concernant l'état des âmes après la mort sont présentés comme des enseignements spirituels du saint, et non comme des descriptions que l'on pourrait vérifier de manière empirique.
L'accent est désormais placé sur trois thèmes essentiels : la repentance pendant notre vie, la prière pour les défunts et la miséricorde de Dieu.