L’Église orthodoxe russe et la question de l’avortement
En Russie, la question de l’avortement a suscité d’importants débats au sein de la société et de l’Église orthodoxe. En 2016, le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Cyrille avait signé une pétition appelant à une modification de la législation afin de renforcer la protection de l’enfant à naître.
Pourtant, quelques semaines plus tard, le patriarche expliquait que l’interdiction totale de l’avortement n’était pas, à ce moment-là, une mesure immédiatement réalisable en Russie. Il estimait que l’Église devait tenir compte de la réalité sociale et maintenir un dialogue avec les autorités publiques.
Une position qui cherche à agir progressivement
La position exprimée par le patriarche ne signifiait pas que l’Église orthodoxe russe approuvait l’avortement. Au contraire, il rappelait clairement son opposition à cette pratique.
Mais plutôt que de demander immédiatement une interdiction totale, il proposait notamment de retirer l’avortement du système d’assurance maladie obligatoire, afin qu'il ne soit plus considéré comme un acte médical ordinaire financé par ce système. Cette proposition avait déjà été formulée par lui devant la Douma en janvier 2015.
En parallèle, l’Église mettait en avant la nécessité d’aider concrètement les femmes enceintes et les familles : soutien matériel, accompagnement social et aide aux femmes confrontées à des difficultés susceptibles de les pousser vers l’avortement.
Une distinction importante
Il est donc utile de distinguer deux choses : l’opposition morale de l’Église à l’avortement et la question de savoir quelle politique publique adopter pour réduire son recours.
En 2016, le patriarche Cyrille pouvait ainsi soutenir une initiative demandant une protection beaucoup plus forte de l’enfant à naître tout en déclarant qu’une interdiction générale n’était pas immédiatement possible. La pétition signée en septembre 2016 allait plus loin et demandait notamment la reconnaissance juridique de l’enfant conçu et l'interdiction des interruptions volontaires de grossesse.
Cette nuance est importante pour comprendre le titre de l’article original : il ne s’agissait pas d’un changement de doctrine de l’Église sur l’avortement, mais d’une réflexion sur les moyens jugés réalisables à ce moment-là dans le contexte russe.
Une question qui dépasse la seule loi
Pour la pensée chrétienne, la question de l’avortement ne peut cependant pas être réduite à une question juridique.
Elle touche à la manière dont une société considère la vie humaine la plus fragile. La protection de l’enfant à naître implique également de ne pas abandonner la mère à ses difficultés.
Une société qui souhaite réellement diminuer le nombre d’avortements doit donc aussi s’interroger sur les conditions dans lesquelles les femmes prennent cette décision : solitude, difficultés économiques, pression familiale, problèmes de logement ou peur de l’avenir.
La défense de la vie peut ainsi s’accompagner d’une véritable culture de l’accueil, de la solidarité et de la miséricorde.
Une réflexion toujours actuelle
L’article original de Mystique Orthodoxe, publié en avril 2018, rapportait les déclarations du patriarche Cyrille à partir d’une dépêche de Sputnik datant de 2016.
Depuis, le débat russe a continué d’évoluer. Des responsables de l’Église orthodoxe russe ont continué à demander une diminution du recours à l’avortement et un soutien accru aux femmes enceintes.
L’enseignement que l’on peut retenir de cet épisode est peut-être celui-ci : défendre la vie ne consiste pas seulement à demander une loi. Cela suppose aussi de créer les conditions permettant à une femme de pouvoir accueillir son enfant sans se sentir abandonnée.
Source et travail de réécriture
Article original : « Interdire les avortements en Russie ? Pas possible, selon l'Église Orthodoxe Russe », publié sur Mystique Orthodoxe le 12 avril 2018.
Source indiquée dans l’article original : une dépêche de Sputnik, consacrée aux déclarations du patriarche Cyrille concernant l’avortement en Russie en 2016.
Sources complémentaires vérifiées : Interfax, Pravoslavie.ru et des travaux universitaires consacrés à la politique de l’Église orthodoxe russe sur l’avortement.
Travail de réécriture : l’article a été entièrement restructuré et développé. Les déclarations de 2015-2016 ont été replacées dans leur contexte afin de distinguer l’opposition morale de l’Église à l’avortement des différentes propositions politiques alors défendues.

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