Jusqu’à quand ?
Qui suis-je, où suis-je ? Je suis bien…
Mon cœur bat… Il est petit mais il bat. De même, on dirait que mes yeux et mes oreilles amorcent un éveil. Mes organes internes aussi, je me développe…
Une semaine a passé. Mon cerveau se développe aussi, l’arrière de celui-ci s’épaissit, ce qui m’amène à me pencher vers l’avant. Mes narines et mes gencives semblent visibles. Et puis on dirait que j’ai bel et bien des yeux.
Une semaine passe. On dirait que ça fait huit semaines que je suis là au moins. J’arrive à bouger. Il y a du progrès ! J’arrive à sentir, à goûter. Je sens les aliments, c’est bon ! Je grandis, déjà plus de 10 cm ! Je mangerai plein de bonnes choses plus grand, et je bougerai beaucoup ! Je sauterai, grimperai, je ferai des courses !
Une nouvelle semaine passe. Déjà neuf ! Mes membres poussent ! Mes yeux se dessinent mieux, mes oreilles apparaissent. J’ai des doigts ! Plus tard, j’apprendrai à compter avec ! On dirait que je prends la forme d’un bébé…
Dixième semaine : j’ai des paupières pour protéger mes yeux. Il paraît que quand on voit mal on a des lunettes, mais moi je verrai très bien !
Onzième semaine : mes reins fonctionnent, on voit bien ma tête, encore plus grosse que mon corps ! Tiens, un truc nouveau : j’ai des cordes vocales qui apparaissent ! Plus tard, je crierai très fort, je chanterai !
Douzième semaine : j’ai des ongles qui poussent, et on dirait que mon cerveau fabrique des cellules. J’arrive même à plier doigts et orteils !…
Je voudrais être ces enfants heureux sur la photo d’en haut…
Mais que se passe-t-il ? C’est quoi ce truc ?? Je n’arrive pas à m’accrocher ! On dirait qu’on m’aspire…
Mais ?! Aaargghhh…
FIN
La vie avant même notre premier souffle
Ce petit texte utilise une forme volontairement simple et dramatique : faire entendre, comme une voix imaginaire, l’enfant à naître qui découvre progressivement son existence. L'objectif n'est pas de présenter un traité médical, mais de nous inviter à regarder autrement cette vie qui se développe dans le secret du sein maternel.
La tradition chrétienne considère depuis longtemps que la vie humaine est précieuse et qu'elle mérite d'être accueillie avec respect. Dans la perspective orthodoxe, l'être humain n'est pas seulement défini par ce qu'il peut déjà accomplir, voir ou comprendre : il est une personne appelée à recevoir la vie comme un don de Dieu.
Une vie qui ne peut pas encore parler
L'enfant à naître ne peut évidemment pas défendre lui-même sa propre existence. Il dépend entièrement de ceux qui l'entourent.
C'est pourquoi la réflexion chrétienne sur l'avortement ne devrait jamais se limiter à une condamnation ou à une polémique. Elle doit aussi conduire à la compassion envers les femmes confrontées à une grossesse difficile, à la solitude, à la peur, aux difficultés matérielles ou à la pression de leur entourage.
Défendre la vie signifie également soutenir concrètement celle qui porte cette vie.
Regarder la vie avec miséricorde
Un chrétien peut être profondément attaché à la valeur de la vie humaine tout en refusant de juger avec dureté les personnes qui ont vécu une situation douloureuse.
L'Église appelle à la vérité, mais aussi au repentir, au pardon et à la guérison. Aucune souffrance humaine n'est trop grande pour être présentée à Dieu.
La prière peut alors devenir une manière de confier à Dieu les enfants qui n'ont pas connu la naissance, mais aussi leurs parents, leurs blessures, leurs regrets et leurs espérances.
« Jusqu’à quand ? »
Le titre de cet ancien article prend alors un autre sens.
Jusqu'à quand notre regard restera-t-il indifférent devant les plus fragiles ? Jusqu'à quand oublierons-nous que derrière les grandes questions de société se trouvent aussi des personnes, des mères, des pères et des enfants ?
La réponse chrétienne n'est pas seulement une dénonciation. Elle est aussi un appel à protéger, accueillir, accompagner et aimer.
Car la vie humaine, dès son commencement et jusqu'à son dernier souffle, demeure un mystère qui nous dépasse.
Source et travail de réécriture
Source originale : article « Jusqu'à quand ? », publié le 14 décembre 2018 sur Mystique Orthodoxe.
Travail de réécriture : le texte original a été conservé dans sa forme initiale. Un développement complémentaire a ensuite été ajouté afin d'approfondir sa dimension spirituelle, en mettant l'accent sur la dignité de la vie, la compassion envers les femmes en difficulté, la prière et la miséricorde chrétienne.

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