lundi 12 novembre 2018

Pourquoi Dieu n'existe pas pour beaucoup de gens ?




La raison pour laquelle le concept même de Dieu est devenu à la fois si appauvri, si profondément mythique, et finalement si incroyable pour tant de personnes, ce n'est pas à cause de toute cette technologie et choses intéressantes que nous avons apprises au cours des derniers siècles, mais à cause de toutes les choses vitales que nous avons oubliées..

Avant tout, nous avons en tant que culture un être oublié : le mystère évident de l'existence.. Les êtres humains vivent pour la plupart une vie éloignée de la nature, insensibles à l'énigme qu'elle incarne pour les peuples modernes.

Dieu est devenu de plus en plus un mythe, mais le monde l'est en un sens, et il n'y a aucun moyen probablement de vivre en vraie communion avec l'un mais pas avec l'autre..

David Bentley Hart, écrivain et universitaire américain

Pourquoi Dieu n’existe-t-il plus pour beaucoup de gens ?

Il est une question qui traverse toute l’histoire humaine : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Avant même de chercher à expliquer le fonctionnement de l’univers, l’homme peut s’émerveiller devant une réalité beaucoup plus simple et beaucoup plus profonde : le monde existe.

Nous existons.

La nature existe.

La conscience existe.

La beauté existe.

Et pourtant, dans une grande partie de la culture moderne, cette interrogation fondamentale semble avoir progressivement disparu.

Pour le théologien et philosophe orthodoxe David Bentley Hart, cette disparition du sens de Dieu ne s’explique pas simplement par les progrès de la science ou de la technologie. Elle est aussi liée à quelque chose que l’homme moderne aurait perdu : la capacité de s’émerveiller devant le mystère même de l’existence.

Dieu est-il devenu une idée parmi d’autres ?

Lorsque nous parlons de Dieu, nous avons parfois tendance à imaginer un être invisible situé quelque part dans l'univers, comme une réalité supplémentaire qu'il faudrait ajouter à toutes les autres.

Dans cette perspective, la question devient presque scientifique :

Dieu existe-t-il quelque part ? Peut-on le détecter ? Peut-on le mesurer ?

Mais la tradition chrétienne ne parle pas de Dieu comme d'un objet parmi les objets.

Dieu n'est pas une créature plus puissante que les autres. Il n'est pas un élément supplémentaire du monde.

La question de Dieu touche beaucoup plus profondément au mystère de l'être lui-même.

Pourquoi existe-t-il quelque chose ?

Pourquoi le monde existe-t-il plutôt que le néant ?

Pourquoi sommes-nous capables de connaître, d'aimer, de contempler et de nous interroger sur notre propre existence ?

Ces questions ne disparaissent pas simplement parce que la science progresse.

La science peut décrire avec une extraordinaire précision de nombreux phénomènes de l'univers. Mais la question philosophique du « pourquoi y a-t-il quelque chose ? » appartient à un autre registre.

C'est précisément cet étonnement premier que David Bentley Hart invite à retrouver.

Ce que nous avons peut-être oublié

L’idée centrale du texte de Hart est particulièrement forte : notre époque n'aurait pas seulement découvert de nouvelles connaissances ; elle aurait également oublié certaines réalités essentielles.

Nous savons aujourd'hui énormément de choses sur la matière, la biologie, les galaxies, les mécanismes du vivant et les lois physiques.

Mais connaître davantage le fonctionnement d'une chose ne signifie pas nécessairement avoir répondu à toutes les questions qu'elle suscite.

Une fleur peut être étudiée chimiquement.

On peut analyser son ADN, ses pigments, son développement et les mécanismes de sa reproduction.

Mais lorsque nous nous trouvons devant sa beauté, une autre question peut surgir :

Pourquoi cette beauté nous touche-t-elle ?

De même, nous pouvons étudier le cerveau humain et décrire de nombreux processus neurologiques. Mais cela ne fait pas disparaître automatiquement l'émerveillement devant le fait que nous soyons des êtres conscients, capables de vérité, de beauté, d'amour et de liberté.

La connaissance scientifique n'est donc pas l'ennemie de la foi.

Elle peut au contraire devenir, lorsqu'elle est accompagnée d'humilité, une invitation à l'émerveillement.

Un monde que nous ne regardons plus

Hart souligne également un phénomène propre à la modernité : beaucoup d'hommes vivent désormais éloignés de la nature.

Notre quotidien se déroule souvent entre bâtiments, écrans, transports, publicités et informations permanentes.

Nous sommes constamment sollicités.

Nous recevons chaque jour une quantité immense d'images, de sons et de messages.

Et pourtant, au milieu de cette abondance, nous avons parfois de moins en moins de temps pour regarder simplement le monde.

Un lever de soleil. Le silence d'une forêt.

Le mouvement de la mer. Le visage d'un enfant.

Le ciel étoilé. La naissance. La mort. L'amour. La conscience.

Le mystère de notre propre existence. Toutes ces réalités peuvent devenir tellement familières que nous cessons de les voir.

Et peut-être est-ce là l'une des grandes pauvretés spirituelles de notre époque :

nous avons appris à expliquer beaucoup de choses, mais nous avons parfois perdu la capacité de nous émerveiller devant leur existence.

Retrouver le sens du mystère

Dans la tradition chrétienne, le mystère n'est pas ce que l'on ne comprendrait jamais.

Le mystère est plutôt une réalité dont la profondeur dépasse infiniment ce que notre intelligence peut en saisir.

La création est ainsi porteuse d'un mystère. Elle n'est pas Dieu, mais elle peut conduire vers Dieu.

Le monde créé n'est pas divin en lui-même. Il est création.

Et précisément parce qu'il est création, il peut être reçu comme un don.

Les Pères de l'Église ont souvent contemplé la nature comme un livre ouvert sur la sagesse divine.

Le ciel, la terre, les animaux, les plantes, la lumière, la beauté du monde : tout peut devenir pour l'homme attentif une occasion de rendre grâce.

Il ne s'agit pas de transformer chaque phénomène naturel en « preuve » simpliste de l'existence de Dieu.

Il s'agit plutôt de retrouver un regard capable de percevoir que le réel est plus profond que ce que nous en faisons habituellement.

De l’émerveillement à la foi

La foi chrétienne ne commence pas nécessairement par une démonstration abstraite.

Elle peut commencer par une question.

Puis par un étonnement. Puis par une recherche.

Pourquoi suis-je ici ?

Pourquoi existe-t-il quelque chose ?

Quel est le sens de ma vie ?

Pourquoi l'amour, la beauté et la vérité ont-ils une telle importance pour moi ?

Ces questions ne constituent pas encore à elles seules la foi chrétienne.

Mais elles peuvent rouvrir une porte.

Car lorsque l'homme cesse de considérer le monde comme une réalité purement évidente et commence à s'interroger sur son fondement, il retrouve une attitude que la tradition chrétienne connaît bien : celle de la contemplation.

La contemplation ne consiste pas seulement à regarder.

Elle consiste à apprendre à voir.

Une invitation à regarder autrement

Le problème n'est peut-être donc pas toujours que l'homme moderne aurait démontré que Dieu n'existe pas.

Il peut aussi être qu'il ne pose plus la question de Dieu dans les mêmes termes.

Lorsqu'on réduit la réalité à ce qui peut être mesuré, pesé ou immédiatement utilisé, une grande partie du mystère de l'existence disparaît de notre horizon.

Mais le monde demeure mystérieux.

Nous demeurons mystérieux à nous-mêmes.

Et derrière les choses visibles demeure cette question silencieuse qui accompagne l'humanité depuis ses origines :

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Pour le chrétien, cette question ne conduit pas vers un Dieu abstrait et lointain.

Elle conduit vers le Dieu vivant, Créateur du ciel et de la terre, Celui en qui « nous avons la vie, le mouvement et l'être ».

La foi ne demande donc pas de fermer les yeux devant le monde.

Elle nous invite au contraire à les ouvrir davantage.

À regarder la création. À retrouver le silence.

À nous émerveiller. À rendre grâce.

Et peut-être, dans ce regard renouvelé, à découvrir que le monde n'est pas simplement un ensemble de choses posées devant nous, mais une réalité qui nous invite à remonter vers son Mystère.

Source et travail de réécriture

Article original : « Pourquoi Dieu n'existe pas pour beaucoup de gens ? », publié sur Mystique Orthodoxe le 12 novembre 2018. L'article original était très court et reprenait une réflexion attribuée à David Bentley Hart, écrivain, philosophe et théologien orthodoxe américain.

Source indiquée par l'article original : Orthodoxy and Animals, via la page Facebook correspondante.

La réflexion de Hart sur l'oubli du mystère de l'existence et sur l'appauvrissement moderne du concept de Dieu se retrouve également dans d'autres publications consacrées à son œuvre.

Travail de réécriture : l'article original a été entièrement retravaillé et développé. Le texte initial, constitué de quelques paragraphes, a été restructuré autour de plusieurs thèmes : le mystère de l'existence, la conception moderne de Dieu, l'émerveillement devant la création, la contemplation et la relation entre raison, science et foi.

Les formulations ont été modernisées et approfondies afin de donner à l'article une véritable cohérence spirituelle et philosophique, tout en conservant l'intuition centrale de David Bentley Hart : la perte du sens de Dieu peut aussi être liée à la perte du sens du mystère de l'existence.

Cette réécriture distingue volontairement les questions scientifiques, philosophiques et théologiques, afin de ne pas présenter la foi chrétienne comme une simple démonstration scientifique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire